JAZZ: Moines bénis de bebop

Petit festival deviendra-t-il grand? L’affiche du festival „Jazz à Clervaux“ a des arguments pour séduire.

Le formidable saxophoniste Erwin Vann devrait déjà bien connaître le Luxembourg. Tout comme bien d’autres musicien-ne-s qui se produiront au „Jazz à Clervaux“.

(jitz) – Le jazz semble être devenu une musique d’été. Alors que durant presque toute l’année les musiciens de jazz se trouvent confinés dans des clubs enfumés et des caveaux étroits, la belle saison leur offre bien des opportunités pour se produire à l’air pur devant un public élargi. Les festivals d’été connaissent depuis une dizaine d’années un succès grandissant un peu partout en Europe. Le Luxembourg était toutefois à la traîne jusqu’à l’année dernière où deux festivals avaient vu le jour dans le nord du pays. Un seul a survécu, le „Benedict Jazz Festival“, rebaptisé pour son édition 2002 en un simple „Jazz à Clervaux“.

A Wiltz, le festival de mai 2001 semble rester sans suite. On avait peut-être vu trop grand dès sa première édition avec une programmation de noms prestigieux, nécessitant un afflux massif du public, qui malheureusement n’a pas suivi. On ne bouscule pas les Luxembourgeois dans leurs habitudes, même culturelles.

A Clervaux, on était plus prudent. Un mélange de musiciens locaux et régionaux, ainsi qu’un site enchanteur ont suffi pour garantir un succès populaire satisfaisant et encourageant. Pour la seconde édition, qui aura lieu les 17 et 18 août prochains, les organisateurs – des passionnés – ont mis les bouchées doubles, et comme les quelques couacs de jeunesse (cf. woxx no. 602 du 17 août 2001) semblent avoir été éliminés, rien n’empêche plus ce festival de prendre racine un peu plus fermement.

Le festival démarre le samedi, 17 août, à 19 heures, tandis que le dimanche 18 août les premières notes résonneront dès 17 heures. On prévoit trois concerts par journée, regroupés sous les thèmes du jazz électrique et du jazz acoustique. Un gros accent est mis sur des musiciens belges. L’approche est bonne, la scène belge étant parmi les plus riches et vivantes en Europe. En tête d’affiche on trouve un vrai chanteur de jazz, David Linx (18.8.), qui est certainement à ranger parmi les chanteurs les plus originaux de la planète. Il n’a pas choisi la voie la plus facile (celle de la chansonnette douceâtre des crooners oscillant péniblement entre variété et jazz). Non, David Linx est un vrai improvisateur, capable des inflexions vocales les plus étonnantes. Et lorsqu’il se présente en duo avec le pianiste néerlandais Diederick Wissels, son accompagnateur de longue date, on peut s’attendre à des dialogues intenses et originaux, sans que les deux improvisateurs ne risquent de tomber dans un intellectualisme forcé et inaccessible.

Les organisateurs du festival semblent d’ailleurs ne pas trop vouloir heurter le goût du grand public. Les différentes formations engagées pratiquent toutes un jazz „mainstream“ assez digeste. Comme, par exemple, la latinité suave de la formation belge „Carmina Group“ (18.8.) ou le „hard bop“ classique d’Erwin Vann (17.8.), formidable saxophoniste, belge lui aussi, qui n’est pas un inconnu au Luxembourg puisqu’il enseigné le jazz au Conservatoire de la capitale pendant quelques saisons. La seule représentante de la gent féminine, la guitariste allemande Susan Weinert (17.8.), est aussi une habituée des scènes luxembourgeoises. Ainsi, tout récemment, on a encore pu apprécier son jazz-fusion énergétique et efficace lors du Blues’n Jazz Rallye.

Quota luxembourgeois

Le quota des musiciens luxembourgeois est cependant assez maigre – question de budget? -, mais on ne retrouve que les meilleurs. Ainsi, le pianiste Marc Mangen, qui depuis une vingtaine d’années caracole modestement dans le peloton de tête des musiciens de jazz luxembourgeois, et dont on connaît la volonté de participer à des formations interrégionales, s’est fait enrôler par le groupe bruxellois „qUETZAL“ (17.8.). Cette formation au nom mexicain se présente comme jouant du jazz funk west coast belge (?). Tout un programme géographique surréaliste, qui devrait se métamorphoser en un mélange musical intéressant, vu la qualité des musiciens qui font partie du groupe. Marc Mangen, qui affectionne la sonorité des vieux pianos électriques Rhodes, devrait se sentir comme un poisson dans l’eau au sein de cette formation.

„A Tribute to Horace Silver“ (18.8.) est un projet à cent pour cent luxembourgeois. Quatre musiciens, tous étudiants ou jeunes professionnels à l’étranger, se sont réunis, le temps de leurs retrouvailles estivales au Luxembourg, pour interpréter la musique de Horace Silver, grand prêtre du „hard bop“ des années 50 et 60. Attention, ceci sera la dernière occasion d’entendre cette formation avant que Pascal Schumacher (vibraphone) et Greg Lamy (guitare) ne repartent pour Bruxelles, que Marc Demuth (contrebasse) retourne à La Haye et que Paul Wiltgen (batterie) mette les voiles pour New York!

Que de bonnes prémisses donc – de bons musiciens, un cadre exceptionnel et des organisateurs persévérants – pour deux soirées d’été jazzeuses exceptionnelles. Reste une question hasardeuse: celle de la météo luxembourgeoise. Et si les bénédictins voisins usaient de leurs bonnes relations avec le ciel pour que celui-ci se montre sous ses aspects les plus cléments?

„Jazz à Clervaux“, dans la cour du vieux château de Clervaux. Le 17 août dès 19 heures: „qUETZAL“, „Erwin Vann Group“ et „Susan Weinert Band“. Le 18 août, dès 17 heures: „Tribute to Horace Silver“, „Duo Linx-Wissels“ et „Carmina Group“. www.jazzclervaux.lu


Kriteschen an onofhängege Journalismus kascht Geld - och online. Ënnerstëtzt eis! Kritischer und unabhängiger Journalismus kostet Geld - auch online. Unterstützt uns! Le journalisme critique et indépendant coûte de l’argent - en ligne également. Soutenez-nous !
Tagged . Bookmark the permalink.

Comments are closed.