PLACE FINANCIÈRE: The Death Star

Au niveau de l’opacité financière, le Luxembourg joue dans la cour des grands. Un nouveau rapport le classe second derrière la Suisse.

« Luxembourg, 12 points. ». Cela fait longtemps que nous n’avons plus entendu cette gratification flatteuse qui a permis à plusieurs reprises à notre pays de se hisser en tête de l’Eurovision. Non pas faute de talent, mais parce que nous n’y participons plus depuis quelques années. Mais on compense : « Luxembourg, 12 per cent » – c’est la part mondiale des services financiers offshore que détient la place financière. Et c’est entre autres cette valeur qui nous a valu la seconde place, derrière la Suisse, dans le classement publié cette semaine par « Tax Justice Network » (TJN), une ONG spécialisée dans l’analyse des paradis fiscaux. Ce classement compare le poids d’un pays sur la scène de la finance internationale aux moyens qu’il a développés pour assurer une certaine discrétion fiscale.

Le rapport ne se limite pas à des graphiques : douze pages sont consacrées au « vice-champion » du monde. Douze pages auxquelles il faut rajouter plusieurs hyperliens qui mènent vers d’autres documents qui donnent un aperçu détonant sur le fonctionnement de la place financière grand-ducale. Nous avons tendance à l’ignorer (ou à l’oublier), mais les débuts du Luxembourg en matière de « facilitations » financières est plus ancien que l’essor connu à partir des années 1960. Dans une petite introduction historique, le document rappelle que la première mesure du genre fut adoptée en 1929, lorsque le Luxembourg mit sur pied une législation facilitant l’exonération fiscale pour des sociétés étrangères. Celle-ci repose sur cinq piliers « stratégiques » : la gestion de fortune, les fonds d’investissement, les prêts internationaux, les assurances et l’ingénierie financière. Ce savoir-faire s’exprime concrètement avec un projet de loi déposé en septembre 2013 sur les fondations privées, que le rapport qualifie de « puissante compétence en matière de confidentialité des fortunes privées ».

Mais depuis sa création, la place a fortement évolué, diversifiant ses activités et se dotant d’un arsenal juridique tout en menant une diplomatie fiscale tellement redoutable que le directeur de TJN, John Christensen, n’hésite pas à qualifier le Luxembourg de « Death Star », en référence à la fameuse « Etoile de la mort » de la saga « Star Wars ».

Les cinq piliers de l’Etoile de la mort

Non content de rappeler que la place sert également de refuge à l’argent criminel (par exemple les quatre milliards de l’ancien leader nord-coréen Kim Jong-Il révélés par la presse en 2010), le Luxembourg, qui ne fournirait pas de réels efforts pour « assainir » son système, serait gangrené par les conflits d’intérêts qui rendraient toute velléité en ce sens caduque. La récente polémique autour de la présence de Sarah Khabirpour, bras droit de Luc Frieden aux Finances, qui siège aussi bien au conseil d’administration de la Commission de surveillance du secteur financier que de la BIL, n’a pas échappé à TJN. Contrairement à la Suisse, le Luxembourg – et cela serait notamment dû à son affiliation à l’Union européenne – aurait toujours évité les « radars » concernant les activités criminelles et sa contribution à l’évasion fiscale.

Mais hormis ces « anecdotes », le rapport détaille à quel point le pays Luxembourg « omet » d’appliquer un grand nombre de mesures d’assainissement de sa place et qu’il ose qualifier dévastateur » le rapport de la « Financial action task force » sur le régime anti-blanchiment du pays.

Trouvez le rapport sur www.financialsecrecyindex.com


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