UNANIMITÉ VERTE: « Mir schreiwe Geschicht »

Salle comble ce mercredi à l’abbaye de Neumünster pour le congrès historique qui a validé la participation des Verts au prochain gouvernement.

Avant que ne débute le congrès : satisfaction affichée de la présidence, qui va présenter le programme de coalition.

« Que puis-je vous dire que vous ne sachiez déjà ? », lance un Félix Braz goguenard à la tribune. De fait, la rocambolesque mise à disposition du programme gouvernemental, la veille, lui a coupé l’herbe sous le pied. Mais le futur ministre de la Justice ne se laisse pas démonter et en égrène les points principaux – tous les membres présents n’ont pas forcément eu le courage de lire les plus de 200 pages du document concocté par la future coalition gouvernementale -, en commençant par les ministères qui seront conduits par les Verts. Certaines mesures sont appréciées par des militants isolés, que leurs collègues suivent dans des applaudissements polis ; d’autres suscitent l’approbation générale. L’atmosphère ronronne, comme une soirée glaciale de décembre dans une salle bien chauffée.

Pourtant le coprésident de Déi Gréng, Christian Kmiotek, s’est employé quelques instants plus tôt à galvaniser ses troupes dans son discours d’introduction. Avec un sens certain des effets rhétoriques et un lyrisme de circonstance, il a insisté sur la chance historique donnée au parti de changer le pays avec des idées vertes, évoquant même un « vent nouveau qui permettra au Luxembourg de reposer sur de nouvelles fondations ». « Mir schreiwe Geschicht », a-t-il envoyé par SMS à sa coprésidente, Sam Tanson, dans l’euphorie qui a suivi la confirmation d’une coalition bleu-rouge-vert. Son espoir pour ce congrès est de se voir donner par les militants la même réponse que la future première échevine de la Ville de Luxembourg : un smiley. Et, effectivement, les applaudissements sont nourris.

Du « doigté » sur la place financière

Félix Braz, sans même avaler une gorgée d’eau, continue sa longue intervention en déclarant que le programme de gouvernement pose les bonnes questions et y apporte les réponses adéquates. Il s’exprime avec fermeté sur la question des relations entre l’église et l’Etat – mais on peut raisonnablement penser que ce sujet a été l’objet d’un consensus facile à établir entre les trois partis du futur gouvernement, l’annonce d’une célébration laïque de la fête nationale ayant été l’une des premières à franchir la barrière des négociations de coalition. Il convient par contre d’avancer « avec doigté » sur le sujet de la place financière : on sent au ton employé que ce sujet a pu être l’objet de divergences. Mais l’auditoire ne demande qu’à soutenir son champion, et on sent l’enthousiasme monter. La confirmation du refus de l’énergie nucléaire déclenche une ovation, tout comme… le possible remboursement de l’ostéopathie.

« Nous tendons la main à l’opposition, que ce soit déi Lénk, l’ADR ou le CSV », conclut Braz, avant que la discussion générale ne soit lancée. Mais il semble que l’envie de se propulser au gouvernement est telle que bien peu souhaitent débattre. L’intervention de Jean Huss se résume à un comique de répétition décrivant le CSV comme le seul parti de gouvernement depuis des temps immémoriaux, pour se conclure par un soutien inconditionnel à l’accord présenté. Deux intrépides espèrent cependant que les valeurs sur lesquelles se fonde le parti ne seront pas dissoutes au sein de cette coalition. Il est aussi remarqué que les référendums prévus sont une consultation par le gouvernement de la population, et que l’accord de coalition ne mentionne pas les possibilités pour la population de saisir le gouvernement : la participation citoyenne, cheval de bataille habituel des Verts. En quelques minutes, le débat est clôturé, le vote expédié à l’unanimité – Kmiotek ne se privera pas plus tard de mentionner que les libéraux et les socialistes n’ont pas atteint l’unanimité sur ce point – et une longue standing ovation salue la première participation de Déi Gréng à un gouvernement luxembourgeois. L’enthousiasme qu’on sentait poindre peu à peu s’exprime enfin sans retenue.

On vote en bloc

Reste à Sam Tanson la tâche de présenter l’équipe ministérielle. Remarquant que la fraction parlementaire Déi Gréng sera la première à atteindre une moitié de femmes, la coprésidente du parti s’essaye, elle aussi, à la galvanisation des foules en déclarant : « Ce sont les bonnes personnes, mais elles auront besoin du soutien d’une fraction, d’un parti et de vous tous. » Le vote à bulletins secrets des militants sur l’équipe gouvernementale s’effectue pour l’ensemble des candidats, acceptés ou rejetés en bloc. Peut-être les dirigeants, qui ont plusieurs fois fait remarquer que les statuts n’étaient pas encore adaptés aux circonstances présentes, ont-ils craint de voir une personne désavouée ? Crainte probablement non fondée, car 94 pour cent des 220 votants approuvent les quatre futurs ministres (Félix Braz, François Bausch, Carole Dieschbourg) et secrétaire d’État (Camille Gira). C’est fait. Les Verts seront du prochain gouvernement.

De petits groupes se forment, chacun congratule l’autre. Personne ne clôt officiellement le congrès – tous ont déjà la tête ailleurs, même si tous savent, comme l’a exprimé un orateur lors du court débat, que « c’est aujourd’hui le plus beau jour des cinq années à venir ». Que vont faire les Verts de l’occasion qui leur est donnée ? Au vu du programme de gouvernement chargé – et c’est un euphémisme -, la nécessaire frénésie législative et gouvernementale à laquelle nous sommes promis devrait apporter une réponse rapide.

Voir aussi Grüne Regierungsbeteiligung: Drei plus eins.


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