ART VIDÉO: Inhumain

Avec « The Unmanned », le Casino continue son exploration aux limites de l’art contemporain, de la science et de la philosophie.

Un temple grec, comme objet d’une filiation sans paroles. (© Fabien Giraud et Raphaël Siboni)

Futur visiteur du Casino – Forum d’art contemporain : armez-vous de patience ! Et surtout, si vous n’aimez pas l’art vidéo, n’y allez pas du tout. Car, pour « The Unmanned », la nouvelle exposition collective de Fabien Giraud et Raphaël Siboni, les curateurs ont misé à cent pour cent sur ce média.Ils collaborent depuis l’année 2007, quand ils se sont rencontrés à l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs, sise dans la fameuse rue d’Ulm dans le cinquième arrondissement de Paris. Les deux artistes se font un malin plaisir à démonter nos certitudes par des procédés parfois très simples.

Ainsi, la première oeuvre montée au rez-de-chaussée, baptisée « Sans Titre (La Vallée von Uexküll) » – les Uexküll étant une vieille branche aristocratique allemande originaire de Brême – est à la limite entre oeuvre d’art et expérience scientifique. Surprise, à première vue, il s’agit d’écrans vides. Car on y voit des couchers de soleil, filmés en temps réel, dans le désert. Dans la série des cinq vidéos, présentées dans cinq salles communicantes, la différence n’est pas le point de vue de la caméra, mais la technique utilisée : pour chaque augmentation de la résolution des techniques d’imagerie numérique, une nouvelle vidéo est fabriquée. L’idée est de capter le moment où ces résolutions, dont l’évolution est rapide, dépasseront celle de l’oeil humain. Le moment donc où les machines verront mieux que nous – le passage à une certaine ère robotique donc.

Dans la salle principale du premier étage se trouve « Bassae Bassae ». Bassae est le nom d’un temple grec, déjà au centre d’un film du cinéaste Jean-Daniel Pollet en 1964. A l’époque, Pollet avait capturé le mutisme des pierres de ce temple, et en 2014 Giraud et Siboni refont cette expérience – en montrant le même site recouvert d’une toile blanche qui le protège pour le temps de la restauration. Un questionnement sur le traitement de la mémoire et sur l’essence des choses, pertinent surtout quand on sait la proximité entre Pollet et le poète Francis Ponge, l’auteur du « Parti pris des choses » et de « Comment une figue de paroles et pourquoi ? » – où il essayait d‘ « écrire » des objets, non pas comme les objets, mais de dépasser ce qui le séparait de ce qu’il tenait dans la main.

Une autre oeuvre qui se rapproche de cette démarche est « La mesure minérale », où les artistes ont filmé la galerie minéralogique du Muséum national d’histoire naturelle à Paris pendant une fermeture pour travaux, à l’aide d’une caméra au super-ralenti. Le résultat est un brouillement des frontières entre contenant et contenu, entre musée et artéfact.

Les autres vidéos du premier étage sont moins abstraites. « 1997 – The Brute Force » montre les images enregistrées par la caméra de l’ordinateur IBM Deep Blue, juste après la défaite de Garry Kasparov. Enfin les vidéos « The Axiom » et « 2045 – The Death of Ray Kurzweil » reprennent le thème de l’absurdité de la filiation, par le biais de récits en voix off conjugués à des images parfois époustouflantes – comme celle d’une forêt tropicale entièrement filmée par des drones.

Si le pari d’inviter ces deux artistes qui ne s’expriment que par un média peut être risqué face au public, « The Unmanned » regorge de surprises et est certainement plus facile d’accès et moins prétentieux que d’autres expositions que nous avons pu voir en ce lieu.

Au Casino jusqu’au 27 avril.


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