JEUX OLYMPIQUES DE SOTCHI: Une descente glissante pour les droits humains

En 2012, les autorités russes avaient souscrit publiquement aux principes de non-discrimination, d’égalité, de respect et de tolérance régissant les Jeux olympiques et s’étaient engagées à promouvoir les droits humains pendant et après l’événement.

Action symbolique contre la répression de la liberté d’expression en Russie au centre de Moscou, le 30 janvier 2014.

Or, à l’heure de l’ouverture des Jeux, Amnesty International fait état de plusieurs lois élaborées par le gouvernement russe depuis lors, qui vont à l’encontre de ces principes élémentaires. Des mesures ont été prises contre la liberté d’expression ; l’ingérence dans les activités de la société civile indépendante a conduit à la fermeture de plusieurs ONG ; les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexuées font l’objet d’une discrimination non dissimulée. Et à l’approche des Jeux, le harcèlement contre les militants de la société civile ne fait que s’intensifier, comme en témoignent les récentes arrestations de deux militants écologistes. « Notre inquiétude est de savoir ce qu’il adviendra de la société civile russe après la clôture des Jeux olympiques, lorsque l’attention de la communauté internationale sera tournée vers d’autres événements », a déclaré Stan Brabant, directeur d’Amnesty International Luxembourg. « C’est pourquoi il est essentiel que les pays européens, y compris le Luxembourg, continuent à s’inquiéter auprès des autorités russes du sort des prisonniers d’opinion et à leur rappeler leurs obligations internationales en matière de droits humains, notamment dans le cadre du Conseil de l’Europe. »

Vue d’ensemble sur les droits humains

A la suite des manifestations massives qui se sont déroulées à Moscou et dans tout le pays vers la fin de 2011 et tout au long de 2012 pour protester contre les fraudes et infractions présumées durant les élections législatives et présidentielle, le président Vladimir Poutine a promulgué un arsenal de lois devant réprimer l’opposition, la liberté d’expression et la liberté de réunion en Russie.

Ainsi, depuis la fin de l’année 2011, des milliers de personnes ont été détenues à Moscou et dans ses environs, et plus d’une centaine de manifestations ont été interdites ou dispersées par la police. A travers tout le pays, un millier d’organisations non gouvernementales (ONG), peut-être plus, ont été désignées pour être « inspectées ». Nombre d’entre elles risquent des amendes, voire la fermeture, aux termes de la nouvelle loi relative aux « agents étrangers ».

Des lois discriminatoires adoptées au cours de l’année écoulée ont alimenté l’homophobie et donné lieu dans tout le pays à une vague de violences de la part de groupes d’« autodéfense ». Les comportements xénophobes ont eux aussi augmenté, et la fréquence des descentes de police sur les travailleurs migrants s’est accrue ces dernières années.

La liberté d’expression a elle aussi été visée. Une nouvelle loi érigeant le blasphème en infraction a été adoptée à la suite de l’action des Pussy Riot dans la cathédrale orthodoxe de Moscou. Un musée a été fermé pour avoir exposé des illustrations satiriques représentant le président de Russie, Vladimir Poutine, et un certain nombre d’autres personnalités politiques.

Six prisonniers d’opinion ont été remis en liberté à la faveur de la dernière loi d’amnistie du 18 décembre 2013 et d’une grâce présidentielle, mais beaucoup d’autres sont toujours derrière les barreaux.

Intensification des harcèlements à l’égard de la société civile

Le 3 février dernier, à quelques jours de l’ouverture des Jeux, le militant écologiste Evgueni Vitichko a été interpellé à Touapsé, un quartier de Sotchi. Il aurait été inculpé de « hooliganisme mineur », semble-t-il pour avoir proféré des jurons à un arrêt de bus. Lors d’une audience, il a été condamné à 15 jours de détention administrative. L’arrestation, mardi 4 février, d’un autre militant écologiste, Igor Khartchenko, dans la même région ne fait que confirmer la multiplication des manoeuvres visant à faire taire la société civile avant les Jeux olympiques. Actuellement, il se trouve en garde à vue à Krasnodar et son ONG Surveillance environnementale pour le Caucase du Nord a dû abandonner le lancement d’un rapport dénonçant les dégâts environnementaux causés par les travaux de construction effectués en vue des Jeux.

Mobilisation massive en faveur des droits humains

Alors que la flamme olympique a orienté tous les projecteurs vers la Russie, Amnesty International a profité de ce grand événement sportif pour mener une vaste campagne de mobilisation en faveur des droits humains en Russie.

Ainsi, une pétition d’Amnesty International demandant au président Poutine la fin de la répression de la liberté d’expression et de réunion en Russie a été signée par 336.412 personnes dans 112 pays. Le 30 janvier dernier, une délégation d’Amnesty International a délivré les milliers de signatures à l’administration présidentielle à Moscou. Le même jour, la section luxembourgeoise a remis à l’ambassade de Russie au Luxembourg 501 signatures collectées dans le cadre de la campagne bougies en faveur de la libération de deux prisonniers d’opinion russes : Artiom Saviolov et Mikhail Kosenko.

Ce samedi 8 février, le groupe « Actionautes » d’Amnesty International Luxembourg organisera également une action symbolique pour sensibiliser le public au Luxembourg sur les violations des droits humains en Russie. Au cours de l’action, les jeunes militants de la section inviteront les passants à marquer des buts de hockey et pour chaque but marqué, ils pourront « libérer » un prisonnier d’opinion à un certain endroit en Russie, ceci symboliquement sur une carte de la Russie. L’action aura lieu de 14h à 15h30 sur la place Piquet au centre-ville.


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