INSTRUCTION RELIGIEUSE ET MORALE: Pourquoi enseigner la religion à l’école 

Le cours de religion à l’école est la possibilité pour les jeunes d’apprendre à mieux connaître le fait religieux et ses aspects humains. En abolissant ce cours, le nouveau gouvernement remet en question l’importance qu’a la religion aujourd’hui. 

Croix au cimetière de Schéimerech, près de Kehlen.

Est-ce que la religion est du domaine public ou une affaire privée ? En optant pour une politique qui abolit le cours de religion à l’école, le nouveau gouvernement affirme, de fait, que la religion fait partie de la sphère privée et n’a donc plus sa place à l’école. Or, les point suivants ne sont pas (assez) pris en considération dans cette question. Depuis le début des années soixante-dix, les familles et les jeunes élèves sont libres de choisir de suivre à l’école ou bien l’instruction religieuse et morale ou bien la formation morale et sociale. La première se réfère à la tradition religieuse catholique, la deuxième à la tradition laïque. Environ soixante pour cent des élèves, école fondamentale et lycée confondus, choisissent aujourd’hui d’assister au cours de religion. Le choix de ce cours n’est pas seulement une affaire privée, mais est aussi le résultat d’une appartenance visible et publique, quoique discrète, à leur Eglise. 

Le fait de vouloir introduire un seul cours neutre et obligatoire pour tous les élèves ne respecte pas ce libre choix, ni l’appartenance religieuse de la plupart de nos élèves et de leurs familles. Or ce sont eux les premiers concernés. J’aimerais ajouter à cela que la liberté de choix dont disposent actuellement les élèves n’est pas remise en question par la plupart des enseignants des deux cours.

La religion n’est pas une affaire privée

En transmettant des connaissances importantes sur la foi et la religion chrétienne ainsi que sur les grandes religions, le cours de religion essaie aussi de se référer à l’univers des élèves et de leur temps. Depuis des années, les médias s’accaparent des faits religieux de tous genres, véhiculant aussi les préjugés et les stéréotypes. Il ne s’agit là, pas du tout, de réalités privées ou cachées au grand jour, mais bel et bien de réalités publiques qui ont besoin d’être déchiffrées pour être comprises. Le cours de religion apporte à l’élève des éclairages nécessaires sur ces faits qui lui permettront de se faire ses propres idées. Je n’ai jamais entendu dire à mes élèves que le contenu de ce cours leur reste étranger ou qu’il traite des choses privées.  

L’élève reste libre de se faire ses propres idées sur le contenu du cours, grâce à un cours fiable et sérieux. Ce savoir ne peut être transmis que par des enseignants formés dans les facultés de théologie et/ou de sciences religieuses. Avec l’introduction du nouveau cours unique et neutre qui pourra être donné par tout enseignant, comme c’est déjà le cas au lycée Ermesinde, cette qualification de l’enseignant et, par conséquent, la qualité des connaissances acquises par les élèves sera perdue.

Même si le Luxembourg se sécularise et se déchristianise, en ce qui me concerne, j’ai aujourd’hui 95 pour cent des élèves (sur un total de 220) en instruction religieuse et morale qui sont baptisés et ont suivi en majorité, dans leurs communautés respectives, les rites d’initiation chrétienne que sont la communion et la confirmation. Environ un tiers me dit assister plus ou moins régulièrement aux rites et célébrations diverses (célébrations dominicales, mariages, enterrements, pèlerinages, etc.). Or, peu de pratique dominicale ne peut être le seul critère déterminant l’aspect public de la religion. Toute l’histoire et la culture européennes, et en particulier aussi du Luxembourg, ont été façonnées par la religion catholique. Le cours de religion aide, par conséquent, les élèves à comprendre leur histoire et leur culture. Prétendre qu’il s’agit là de réalités privées est faux et ne correspond pas au vécu et à l’histoire familiale des élèves et de leurs concitoyens. 

Enfin pourquoi, au vu de ces réalités, le nouveau gouvernement  veut-il imposer un cours unique neutre sur des valeurs, alors que l’étude TNS Ilres (Luxemburger Wort, 6 décembre 2013) nous informe que les résidents préfèrent bien une politique qui garantisse un cours de religion dans l’école publique ? Vouloir abolir ce cours, sous prétexte qu’il serait une affaire privée repose donc sur une analyse erronée.  

Contribution pratique du cours de religion

Dans le cours de religion, les élèves ont actuellement la possibilité de connaître leur propre religion et celle des autres, la position athée n’étant pas exclue. Ce cours apporte, par sa didactique et sa méthodologie, des références et connaissances importantes pour structurer la vie individuelle du jeune. Il montre aussi les nombreuses implications culturelles et sociales qui trouvent leur origine dans les religions. Les contenus qui font référence exclusivement à des réalités proprement humaines et sociales de notre temps sont toujours mises en relation avec une réflexion éthique (chrétienne). 

Je me demande si nos gouvernants actuels savent ce que les élèves apprennent dans ce cours ! En quoi ses programmes sont-ils contraires aux exigences de la vie ? Ou bien, est-ce que le nouveau gouvernement est fixé idéologiquement par une éducation laïque, qui exclue toute référence religieuse de ses citoyens ? Il est clair pour moi qu’en supprimant le cours de religion dans les écoles publiques, toute référence judéo-chrétienne disparaîtra de l’instruction publique au Luxembourg. Je considère que c’est là une perte de références culturelles.

Depuis vingt ans, les enseignants du cours d’instruction religieuse et morale du secondaire au Luxembourg passent le même stage pédagogique que les autres enseignants. Aujourd’hui, le ministère de l’Education nationale leur dit que cette qualification n’est plus valable, sans pour autant apporter des arguments et sans discuter avec les concernés. Ce même ministère se contredit, cependant, en abolissant ce que ses prédécesseurs ont institué et soutenu. Est-ce qu’il crée un précédent pour, à sa suite, abolir d’autres cours dont l’utilité sera remise en question ?

Je laisse au lecteur le soin de se faire son opinion !

Il faut que le fait religieux et les religions soient absolument pris au sérieux dans l’école publique et que des enseignants formés en théologie et/ou en sciences religieuses puissent être titulaires de ces cours d’éthique religieuse. Il s’agit aussi de confronter nos élèves, dans ce cours, avec les religions et les croyances qu’ils vivent ou côtoient plus ou moins dans leurs familles, dans leurs communautés ecclésiales, dans les médias et tout simplement dans leur histoire personnelle. 

Dans les discussions avec les élèves, je remarque qu’il faut connaître la foi et la religion chrétienne, aussi bien dans sa forme institutionnelle que dans ses dogmes et textes sacrés. Pour ceux des élèves qui ne pratiquent pas ou délaissent leur pratique, c’est aussi apprendre à connaître l’autre, dans sa différence religieuse. 

Je ne vois donc pas en quoi le libre choix entre le cours de religion et le cours de morale laïque, proposé aux élèves jusqu’à maintenant, serait moins juste et moins bon qu’un cours unique des valeurs (encore à déterminer !) pour tous. Vouloir faire passer l’abolition du cours de religion sans explications me semble relever d’une époque où le roi n’avait de compte à rendre à personne.

* L’auteur est professeur d’instruction religieuse et morale au Lycée de garçons d’Esch-sur-Alzette


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