JOHN LEE HANCOCK: Disney vs Poppins

Retour à l’enfance et histoire compliquée autour d’une adaptation célèbre : « Saving Mr. Banks » explique les rouages de la machine à rêves de Walt Disney.

Faire rêver des millions d’enfants ne vous protège pas contre la perte de la joie de vivre.

Quand la machinerie de l’animation hollywoodienne se retrouve confrontée à la littérature anglaise, c’est un bras de fer entre Walt Disney et Mrs. Travers qui a lieu. A son habitude, le réalisateur John Lee Hancock « The Blind Side » aime jouer sur les contrastes de la magie que la vie peut offrir et sur ses tourments. Ainsi, son nouveau film « Saving Mr. Banks » revient sur les traces de la création du film « Mary Poppins », en y mélangeant subtilement fiction et réalité.

L’écrivaine Mrs. Travers se rend, à contre-coeur, à Los Angeles pour négocier l’adaptation de son roman « Mary Poppins ». Au bout de vingt ans de refus, ce sont finalement ses problèmes financiers qui la font changer d’avis. Walt Disney est ravi de ce retournement de situation. L’adaptation du roman qui a bercé l’enfance de ses filles, lui permet d’enfin tenir la promesse qu’il leur avait faite. Entre le monde ludique et enjoué de Walt et le caractère aigri et amer de Mrs. Travers, c’est surtout l’histoire d’un compromis qui se trace.

Le film est construit sur des contre-points. Les paradoxes se retrouvent autant dans les caractères que dans le récit. La première moitié du film met en relief la douceur et la candeur d’une enfance heureuse face à une vie adulte pleine de solitude, de culpabilité et d’amertume, tandis que la seconde moitié inverse les relations enfance-vie adulte. Ici l’inévitable dureté de la réalité à laquelle un enfant finit tôt ou tard par être confronté est contrecarrée par la gaieté et le bonheur que peut se créer un adulte. Le film joue sur ces contrastes pour accentuer la sentimentalité du spectateur, mais en même temps cette composition propose une réflexion toute en douceur sur la cruauté de la réalité et la magie qu’offre l’imaginaire.

Le réalisateur nous offre une introspection de l’auteure tout en mettant en lumière des interrogations générales. La question de comment se débarrasser de sa culpabilité reste sous-jacente. Les nombreux flash-back de l’enfance de l’écrivaine laissent transparaître le cliché de l’influence du parent. Ce dernier, au rôle central et primordial, semblerait influencer notre vie entière mais surtout déterminer totalement notre futur. Ce stéréotype est repris plus tard, lorsque Walt évoque lui aussi son enfance. Quelque part, son anecdote explique pourquoi son monde est enfantin et joyeux. De plus, ce souvenir partagé fait en quelque sorte office de justification face au monde de Disney qui a, au fil des ans, acheté et déformé nombre de romans, afin de rendre ces histoires plus accessibles aux enfants, mais surtout pour ne pas montrer la réalité souvent bien dure et offrir du rêve. La fin du film représente assez bien cette idée de déformation ; Mrs. Travers pleure, est émue et finit par rire même si elle déteste les dessins animés et que le film n’a plus grand-chose à voir avec son histoire.

Là est toute la magie Disney : ce qu’a subi comme déformation l’oeuvre originale est détestable, mais le film en soi est touchant, plein de candeur, d’innocence et de douceur. Finalement la réflexion sur l’adaptation est un des fils conducteurs. Une réflexion, plus profonde, sur à quoi, quand et comment confronter les enfants aux tragédies de la vie, se dégage. Faut-il leur donner une chance de vivre une enfance aussi longue et aussi candide que possible ou cela se résume-t-il à leur mentir ?

Le jeu des acteurs est irréprochable, leurs personnages se contrastent et se complètent à perfection. C’est à travers eux que le long métrage est harmonieux, en équilibre. Même si l’histoire en soi semble n’être que le récit de l’adaptation d’un roman, elle regorge finalement d’interrogations générales. Si le film s’adresse principalement aux grands enfants et aux âmes sensibles, il est aussi fait pour un public bien plus large car s’il ne réussit pas à vous émouvoir, il vous fera sans doute réfléchir.

Dans les cinémas au Luxembourg.


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