COURS UNIQUE: Un seul Dieu ?

Face au projet d’abolition du cours confessionnel, côté catholique, on pique une colère et on campe sur ses positions, tandis que certains musulmans s’accommodent mieux de la laïcité.

« L’unité se crée dans la diversité et non à travers l’uniformisation du cours unique prévu. » C’est la raison donnée par les organisateurs de la marche « Fir de Choix » qui aura lieu samedi 26 avril. Malgré l’appellation paradoxale de l’initiative – ressemblant à « Pro choice », le mouvement américain en faveur du droit à l’avortement – et le graphisme dynamique de son logo, il s’agit d’une démarche réactionnaire.

Le projet d’un cours unique, dans lequel les valeurs religieuses auraient leur place, n’a rien de radical.

Soyons clair : si le projet du gouvernement était d’imposer aux élèves un cours unique consacré aux valeurs marxistes-léninistes ou, plus plausible, à la magie de la main invisible du marché qui règle tout, il faudrait s’y opposer avec fermeté. Mais, pour ce qu’on en sait pour le moment, l’enseignement prévu ressemblera fortement à la « philosophie pratique » actuellement utilisée dans l’éducation morale et sociale, qui est une approche respectant les convictions des élèves. Et si ce qu’affirment les enseignants du cours d’éducation religieuse et morale est vrai, à savoir que leurs cours ne sont plus ni catéchèse ni endoctrinement catholique, alors le cours unique ne devrait pas être totalement différent de ce qu’ils font actuellement.

Notons que « Pour le choix » affirme que « le libre choix actuellement garanti est l’expression d’un respect mutuel ». Or il s’agit d’un choix entre une éducation catholique et une éducation laïque, donc d’un privilège flragrant accordé à culte particulier. Ce mépris de l’Eglise catholique pour les autres religions met en lumière que le « respect mutuel » invoqué est un respect à sens unique.

La liberté de religion peut être réalisée de multiples manières, la variété des solutions adoptées à travers le monde en témoigne. Ainsi, à part quelques intégristes, personne n’affirmera que l’absence de cours de religion dans les écoles publiques, comme en France ou aux États-Unis, annule cette liberté. Le projet luxembourgeois d’un cours unique, dans lequel les valeurs religieuses auraient leur place parmi d’autres, est bien moins radical que le bannissement de toute éducation aux valeurs.

Récemment, l’idée d’un cours commun à tous les élèves, plutôt que des cours d’instruction religieuse, a reçu un appui inattendu au sein de la communauté musulmane. Lors d’une conférence au Luxembourg, Tariq Ramadan, intellectuel musulman, a rejeté l’idée que les jeunes musulmans devaient fréquenter un cours propre, séparés des autres élèves. « Faire du catéchisme, c’est le rôle des communautés et des familles », a-t-il dit, tout en soutenant l’idée d’un apprentissage des valeurs au sein de l’école. Pour lui, dans une société plurielle, il faut notamment enseigner le fait religieux sous ses multiples aspects. En plus de l’enseignement factuel, Ramadan suggère de faire intervenir des acteurs représentant les différentes croyances.

Notons que la dernière prise de position officielle de la Shoura luxembourgeoise réclamait encore que les musulmans puissent « bénéficier d’un cours de religion dans lequel ils auraient accès à un enseignant qualifié partageant leur confession ». Mais c’était fin 2012, et à l’époque, la deuxième plus grande communauté religieuse au Luxembourg pensait peut-être que revendiquer l’égalité de traitement entre cultes était le seul moyen de mettre fin aux discriminations légales dont elle fait l’objet. Il serait surprenant que la Shoura se montre plus radicale que Ramadan, considéré par ses critiques comme un islamiste.

Quant aux responsables catholiques, plutôt que de défendre des positions maximalistes et d’apporter de l’eau au moulin des « bouffeurs de curé », ils devraient commencer à négocier sur la forme et le contenu du cours unique, ainsi que sur l’avenir professionnel des brebis qu’ils ont conduites dans l’impasse d’une instruction religieuse catholique « in saecula saeculorum ».

(lm) CORRECTION d’une erreur d’inattention dans le chapeau. CORRECTION d’un contre-sens dans la phrase: „Et si ce qu’affirment les enseignants du cours d’éducation morale et sociale est vrai, à savoir que leurs cours ne sont plus ni catéchèse ni endoctrinement catholique, …“

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