FINANCES PUBLIQUES: Budget bleu

Entre débat budgétaire et rumeur publique, le ministre des Finances est mis à mal. Mais la politique financière n’est pas écrite par un seul homme.

Selon lui, les budgets précédents ont certes été « fully compliant », mais il faudrait en finir avec le « deficit spending ». Quand il cause, on dirait qu’il a été mis là par McKinsey ou une autre boîte de consultants. Pierre Gramegna, ministre des Finances du nouveau gouvernement, est la cible idéale. Et pour le moment, le projet du gouvernement de rééquilibrer le budget est mal parti.

En effet, la coalition centre-gauche n’a pas l’intention de se heurter de front aux classes moyennes luxembourgeoises. Pierre Gramegna constate judicieusement que « les salaires de la fonction publique représentent 20 pour cent de notre budget », mais la seule mesure qui lui reste est de créer moins de nouveaux postes. Par ailleurs, la plupart des « économies » ont été faites au niveau des investissements. Certes, ces dépenses doivent être reprises dans les budgets suivants. Le hic : les investissements différés pèseront sur ces budgets-là et il n’en sera que plus difficile de réduire les déficits.

Tondeuse contre arrosoir

Autre cible, les dépenses sociales. Le conflit explosif autour des aides étudiantes donne un avant-goût de la difficulté politique de réformes se réclamant de la « sélectivité sociale ». Enfin, après avoir dénoncé la politique de l’arrosoir au niveau des dépenses publiques, le gouvernement vient d’essayer la politique de la tondeuse. Les conséquences de coupes mal réfléchies sont illustrées par la débâcle de la suppression de l’exposition sur la Première Guerre mondiale. Ces économies font apparaître le premier budget de Pierre Gramegna comme immature et risquent précisément de déplaire à l’électorat de la coalition.

Ce n’est pas le seul souci du ministre. En effet, le Wort s’est fait l’écho des bruits de couloir sur ses compétences techniques et relationnelles défaillantes. Principal fait avéré : la démission de trois hauts fonctionnaires, qui auraient été balayés par le « vent nouveau » soufflant au ministère. D’un point de vue progressiste, même si Gramegna a été parachuté à ce poste et qu’il a eu l’idée douteuse de faire appel à McKinsey, il n’est pas certain qu’il soit plus libéral, plus têtu ou plus dangereux que son prédécesseur Luc Frieden. Quant aux fonctionnaires démissionnaires, on a appris que l’un d’entre eux s’est recasé dans une banque privée. Des fonctionnaires brillants peut-être, mais étaient-ils vraiment au service de l’Etat et du bien commun ?

Il n’est pas sûr que tout cela affaiblisse le DP – au moins celui-ci apparaît-il comme le parti qui tient le gouvernail. Le budget est bien un budget bleu, à défaut d’être autre chose. On y cherche en vain des lignes directrices écologiques et sociales. D’un côté, le discours sur la croissance qui doit nous sauver n’est nullement remis en question, alors que, par exemple, appeler de ses voeux une baisse du prix du baril comme l’a fait Jean Asselborn devrait donner des cauchemars aux Verts. De l’autre côté, on attendra les socialistes au tournant de la réforme fiscale. Gramegna n’a pas évoqué de nouvelles recettes au-delà de celles de la hausse de la TVA. Cette réforme ne consistera-t-elle qu’en une redistribution afin d’aplanir la bosse des classes moyennes ? Cela signifierait que, pour rééquilibrer les finances publiques, il ne resterait plus qu’un douloureux démantèlement social.

Ces deux réformes, budgétaire et fiscale, pourront-elles être menées à bien par Pierre Gramegna ? Même si, comme l’avancent certains, il s’agit d’une erreur de casting, le DP ne peut pas se permettre un second retrait « pour raisons de santé » en quelques mois. Mais s’agit-il vraiment d’un problème personnel ? Le Luxembourg ressemble finalement à une de ces entreprises pépères auxquelles on applique par la force la sagesse managériale de consultants « jeunes et talentueux ». En général, cela ne marche pas, l’entreprise succombe, et les ultralibéraux commentent : « On vous l’avait bien dit. Il fallait qu’ils changent, ils n’ont pas voulu, c’est de leur faute. »


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