EUROPÉENNES: Les 12,2 pour cent

Même s’il est en augmentation constante, le taux d’inscription des étrangers aux élections européennes n’est toujours pas à la hauteur des ambitions politiques – et relance le débat sur la participation démocratique.

Les chiffres viennent donc de tomber : depuis 1994, première année où des ressortissants étrangers pouvaient s’inscrire pour participer aux élections européennes, le taux d’inscription a connu une hausse de 213 pour cent (de 6.907 inscrits il y a vingt ans à 21.650 inscrits aujourd’hui). Pourtant, la ministre Corinne Cahen n’a pas voulu revendiquer une grande victoire de la participation démocratique. Et pour cause : avec un taux d’inscription de 12,2 pour cent, cela fait toujours 87,8 pour cent d’étrangers qui ne veulent pas voter au Luxembourg – soit parce que la politique ne les intéresse pas, soit parce qu’ils préfèrent voter dans leurs pays d’origine.

L’inscrit moyen a entre 45 et 54 ans et réside depuis dix ans au pays.

Pour expliquer ce chiffre, Corinne Cahen a présenté deux pistes : d’abord, le faible taux de participation aux élections européennes en général chez nos voisins, qui n’auraient « pas la même pratique démocratique que nous ». Il est vrai que ce dernier reste souvent en dessous de 50 pour cent. Et puis aussi la possibilité d’obtenir la double nationalité, c’est-à-dire la naturalisation (4.100 personnes l’année dernière), qui fait que moins de gens apparaissent dans les statistiques. Une hypothèse qui semble se vérifier si on regarde les détails. Ainsi, les inscrits de nationalité italienne sont les seuls à régresser avec les années – car beaucoup d’entre eux ont obtenu la nationalité luxembourgeoise entre-temps. Et cela même s’ils pointent en tête du peloton des étrangers inscrits, avec 18 pour cent, ex aequo avec les Allemands et devant les Néerlandais, les Belges, les Britanniques, les Français et les Portugais.

Autres chiffres intéressants : l’âge et la durée de résidence des inscrits. Ici, ce sont les personnes âgées de 45 à 54 ans qui dominent largement (28 pour cent), contre seulement 2 pour cent pour les 18 à 24 ans. Un chiffre qui peut choquer dans un pays soumis à l’obligation de vote, mais qui n’aurait rien d’exceptionnel comparé à d’autres pays sans cette obligation, a commenté Nénad Dubajic du Cefis, qui a réalisé l’étude. Quant à la durée de résidence des inscrits, on peut remarquer que 59 pour cent résident depuis plus de dix ans au Luxembourg. Question sexe, les inscrit-e-s aux élections européennes atteignent ce que les listes des candidat-e-s ratent toujours : la parité totale.

Donc, si toutes les campagnes ne réussissent pas à déterminer la majorité des électeurs étrangers potentiels à s’inscrire, ont-elles pour autant été un échec ? Pas vraiment, car la courbe de la fréquence des inscriptions montre très bien l’impact des journées d’action – comme la journée nationale d’inscription par exemple. Et puis les communes avec les plus hauts taux d’étrangers résidents ont toutes su augmenter leur nombre d’inscrits (avec Dudelange en tête, suivie de Differdange, Esch-sur-Alzette et Luxembourg-ville). Cela démontre que, malgré les facteurs négatifs, il reste encore du potentiel.

D’autant plus que la participation démocratique est un des chevaux de bataille du nouveau gouvernement. Et que, s’il a le courage d’organiser le référendum sur le droit de vote des étrangers et surtout s’il le gagne, les campagnes pour les inscriptions et les incessantes discussions à leur sujet appartiendront une fois pour toutes au passé.


Kriteschen an onofhängege Journalismus kascht Geld - och online. Ënnerstëtzt eis! Kritischer und unabhängiger Journalismus kostet Geld - auch online. Unterstützt uns! Le journalisme critique et indépendant coûte de l’argent - en ligne également. Soutenez-nous !
Tagged . Bookmark the permalink.

Comments are closed.