INSTALLATIONS: (R)ost-Modern

« Le retour du plombier polonais », l’exposition que la galerie Nei Liicht consacre à Filip Markiewicz, montre un artiste en plein processus de maturité qui assume ses choix et maîtrise son langage artistique.

Le cauchemar de l’Européen de l’Ouest est de retour.

Artiste hypé aux talents multiples, il fut un temps où Filip Markiewicz était un peu partout : soit il inondait les ondes radio sous son pseudo de Raftside, soit il squattait les galeries et les musées. Puis, pendant quelques années, un silence radio a entouré l’artiste, du moins au Luxembourg, puisqu’il avait pris le pas nécessaire pour pouvoir vivre de son art, sans étouffer dans la mangrove grand-ducale – se casser à l’étranger et vite ! Dans un certain sens donc, « Le retour du plombier polonais » peut aussi être lu comme une allusion au retour dans une galerie luxembourgeoise de Markiewicz lui-même.

De toute façon, sa pratique artistique a toujours été d’une sémantique labyrinthique – entendez : il vous livre des images, des sculptures, des vidéos et des sons et c’est à vous de les mettre ensemble. Une sorte de lego post-moderne si on veut. Un lego composé d’allusions politiques, comme les journaux actuels par terre – qui traitent beaucoup de la sanctification de Jean-Paul II, sans doute un moment fort pour les catholiques polonais – ou encore, élément récurrent dans presque toutes les salles, l’ouvrier polonais muni d’une faucille, d’une spatule et d’un t-shirt avec l’impression « Ost Modern ». Une carte de l’Europe aux très vieilles frontières est dessinée au crayon sur un des murs, tandis que les autres sont recouverts de grands dessins également crayonnés – une sorte de branding de l’artiste – aux motifs qu’on lui connaît : ouvriers héroïques, hommes et femmes politiques, enfants terrorisés. Une iconographie politisante qui échappe de très peu au sloganeering banal, mais qui laisse assez de place à des interprétations libres – ce qui fait aussi son charme.

A part ces sous-entendus politiques, on trouve aussi des évocations du règne animal, avec notamment un sanglier et un renard empaillés (gentiment prêtés par le Musée national d’histoire naturelle). Et surtout un médium assez nouveau dans l’univers de Markiewicz : la vidéo. Un film tourné probablement en Pologne tourne autour de l’histoire de l’ouvrier polonais mentionné plus haut. Et puis un premier court métrage, « Low-Cost Symphony ». Fruit d’une résidence d’artiste à Paris, c’est un hommage au flâneur dans la capitale de l’Hexagone, avec toutes ses horreurs : des discussions entre un homme et une femme agonisantes de banalité sont juxtaposées à des images de manifs et à des scènes de métro avec des musiciens de l’Est, qui font le raccord avec le reste de l’exposition.

« Le retour de l’ouvrier polonais » est une petite panoplie de l’univers crée par Filip Markiewicz durant ces dernières années. Une petite exposition charmante, sans vrai fil rouge, qui ouvre la voie à des réflexions sur l’état du monde et comment nous le percevons. En somme : une exposition d’art contemporain qui ne fuit pas le réel pour se cacher derrière une certaine esthétique, mais qui, au contraire, en crée une pour mieux nous faire appréhender le réel. De l’art politique quoi, enfin !

A la galerie Nei Liicht à Dudelange, jusqu’au 21 juin.


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