AUSTÈRE EUROPE: Quelle alternative ?

Le « New Deal », inspiration pour une réponse de gauche à la crise ? Les partis de la gauche européenne sont-ils capables d’un tel sursaut ?

« La dette fédérale, qu’elle s’élève à 25 ou 40 milliards de dollars, ne peut être remboursée que si le revenu national s’élève considérablement. » C’est le raisonnement tenu par Franklin Roosevelt en 1938 lors de l’annonce d’un nouveau programme de dépenses publiques. Une politique de relance et de justice sociale à l’échelle d’un continent, voilà ce qu’il a fallu aux Etats-Unis pour surmonter la grande crise économique et politique des années 1930. Aujourd’hui, l’Europe met en oeuvre une approche largement contraire : l’austérité et le démantèlement social plaisent aux idéologues libéraux et aux marchés financiers, mais ne suffiront pas pour surmonter la crise. Y a-t-il un scénario alternatif politiquement réaliste ? En vue des élections européennes, les partis de la gauche européenne présentent-ils enfin une stratégie ambitieuse de sortie de crise ?

« Combattre le chômage, la pauvreté et toutes les formes d’injustice sociale ; transformer nos économies par l’innovation et des modes de production éco-efficients (…) ; réguler de nouveau la finance (…) » – en apparence, ils ont tout compris. Sous le mot d’ordre d’un « Green New Deal », les Verts européens évoquent le précédent de la sortie de crise rooseveltienne. Hélas, les annonces de progrès social sont contrebalancées par des concessions au libéralisme ambiant comme la nécessité de « rendre le marché unique complètement opérationnel ». Quant aux « grands travaux » au service de la transformation verte, il n’est pas prévu de les financer massivement par des fonds publics comme dans les années 1930. Une « Nouvelle donne verte » qui serait tributaire des décisions des marchés financiers – fussent-ils régulés – est-elle vraiment crédible ?

Dans le manifesto social-démocrate, aucune allusion au grand réformateur américain, mais quelques « mea culpa » mitigés : « les Troïka sont clairement un échec [côté transparence démocratique] », « que plus jamais les citoyens n’en fassent les frais [des sauvetages bancaires] ». L’attachement des socialistes européens à l’Europe sociale est convaincant, mais pour relancer l’économie, ils prônent des dépassements budgétaires nationaux « coordonnés » et une politique de réindustrialisation, plutôt que des « grands travaux » à l’échelle continentale dans la perspective de la transition énergétique.

Les politiques de droite mènent à la débandade. L’Europe sera de gauche ou ne sera pas.

Enfin, du côté de la gauche radicale européenne, il y a bien un candidat commun, mais pas de programme commun. Clairement, la plus jeune des trois composantes de la gauche européenne cherche encore sa voie entre souverainisme et engagement « pour une autre Europe ». Cela nuit à la crédibilité de la démarche et augmente le risque que les partis membres mènent des campagnes nationales. Pourtant, à la lecture du programme européen de « Déi Lénk », on découvre un accent pro-européen sincère ainsi qu’un équilibre réussi entre social et écologique, entre rupture et réforme. On relève l’idée d’un budget européen « fortement augmenté » et d’une fiscalité vigoureusement redistributive – des options dont aucun projet de gauche européen sérieux ne pourra se passer.

Mais, et c’est le hic des positionnements socialement et écologiquement ambitieux, un scénario alternatif ne se conçoit pas sans la social-démocratie. Celle-ci a-t-elle compris que l’Europe est à la croisée des chemins ? Son maintien, son renforcement ne sont plus compatibles avec des politiques libérales ou de droite, qui mènent à la débandade économique et politique. L’Europe sera de gauche ou ne sera pas. « De gauche » voulant dire qu’on jette par dessus bord les dogmes libéraux et qu’on renverse la dictature des marchés financiers. Comme il y a 80 ans, les opinions publiques sont prêtes à faire table rase du passé, d’une manière ou d’une autre. Au tour de la social-démocratie de jouer son rôle historique ou d’être balayée par les tempêtes qu’elle n’aura pas su prévenir.

Anthologie « Comment j’ai vaincu la crise », Franklin Roosevelt

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Tout va très bien !


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