TTIP: Marché de brutes

La méfiance de l’opinion publique amène tous les partis à critiquer le TTIP – tout en restant flous pour la plupart. Selon les circonstances, un jour c’est pour, un jour c’est contre.

Séparer le bon grain de l’ivraie, voilà ce que les adversaires du traité de libre-échange transatlantique (TTIP) ont tenté de faire en vue des élections européennes. Les deux structures anti-TTIP (woxx 1268) avaient interpellé les partis politiques et ont publié leurs conclusions. Le comité « Stop Tafta », structure informelle, constate qu’ADR, DP, CSV et LSAP s’opposent à un arrêt des négociations « sauf si … ». Effectivement, ces partis évoquent des « lignes rouges » que le traité final devra respecter, mais estiment qu’il faut attendre la suite des tractations pour se prononcer. Déi Gréng, Déi Lénk, KPL, Pirates et PID par contre s’engagent pour un arrêt immédiat des négociations.

La plateforme d’ONG opposées au TTIP présente un résultat semblable. Notons que cette plateforme comprend un large éventail d’organisations, depuis l’OGBL jusqu’au LCGB et à Syprolux, en passant par le Mouvement écologique, Greenpeace et la Caritas. Et que la CGFP, contrairement aux informations diffusées, ne fait pas partie de la plateforme. Le communiqué commun qualifie de « bizarre » la position du LSAP, du CSV et du DP, qui demandent que le traité final soit basé sur les valeurs et standards européens. Le mandat de négociation serait beaucoup trop ouvert, estime la plateforme, et qualifie l’idée d’attendre d’abord le résultat des négociations d’« inacceptable ». Relevons que les syndicats luxembourgeois signataires vont bien plus loin que la Confédération européenne des syndicats : avec la fédération américaine AFL-CIO, celle-ci vient de publier une déclaration en faveur d’un traité de libre-échange « si et seulement si » les droits des travailleurs et d’autres acquis sont préservés.

Que ce soit grâce à la mobilisation de la société civile ou par manque d’autres sujets « européens », le TTIP est devenu un sujet de la campagne électorale. Ainsi les Verts viennent de réitérer leur opposition au traité à travers un communiqué intitulé « Un non clair ! » et demandant un arrêt des négociations. Le député européen Claude Turmes surenchérit en s’affichant sur Facebook avec un gros sac noir étiqueté TTIP, en train de mettre le traité « à la poubelle ». Il est vrai qu’au Parlement européen Turmes a dès le départ voté contre le mandat de négociation.

Mêlée rose-verte-noire

Hélas, au niveau des élus nationaux et communaux, les choses sont moins claires. En mars, lors d’un débat à la Chambre, les Verts ont certes articulé leurs critiques envers le TTIP. Mais ils ont voté contre la motion demandant un arrêt immédiat des négociations, présentée par Déi Lénk (woxx 1258). Le 16 mai, au conseil communal d’Esch, une motion semblable de Déi Lénk est passée, avec des voix rouges, roses, vertes et… noires ! A noter que la coalition LSAP-Déi-Gréng avait proposé sa propre motion, plus modérée et adoptée à l’unanimité. Sur la motion de Déi Lénk par contre, les voix des 8 élus rouges, comme celles des 2 élus verts, se sont divisées. Rappelons que le CSV est officiellement très favorable au TTIP, même si Viviane Reding a pu suggérer une « pause » dans les négociations. Décidément, les élus locaux n’en font qu’à leur tête.

Interrogée par le woxx, la présidente des Verts Sam Tanson affirme qu’il n’y a aucune ambiguïté : « Nous demandons un arrêt des négociations. » Pour ce qui est des motions présentées, elle estime que l’attitude des Verts dépend du contenu du texte. Contrairement à son parti, Déi Lénk rejetteraient le principe même d’accords de libre-échange. Par ailleurs Tanson, qui est échevine de la ville de Luxembourg, appuie sa bourgmestre Lydie Polfer, qui avait refusé, le 5 mai, de mettre au vote une motion anti-TTIP de Déi Lénk. « Ce n’est pas du ressort du conseil communal », estime-t-elle, et soupçonne le parti de gauche de mener une manoeuvre pré-électorale.

La veille des élections aura lieu une manif anti-TTIP lancée non pas par Déi Lénk, mais par l’ONG « Eist Iessen, eist Liewen », dont le secrétaire général est le politicien vert Maurice Losch (24 mai, 14 heures, Glacis). Enfin, une pétition en ligne a été lancée par un citoyen engagé à titre individuel.

Pétitions de la Chambre : www.chd.lu/wps/portal/public/SignerPetition


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