ADR: Déconstruction avancée

Tandis que partout en Europe les partis populistes de droite avancent, celui du Luxembourg s’effrite petit à petit. Le départ de la secrétaire générale Liliana Miranda n’en est qu’un symptôme parmi beaucoup.

C’est un exercice d’équilibriste auquel doit se livrer Liliana Miranda, la secrétaire générale démissionnaire de l’ADR. D’un côté, elle doit expliquer son geste, qui a tout de même surpris les pontifes de son parti, de l’autre elle ne veut – ni ne peut à cause de certaines clauses de son ancien contrat de travail – devenir trop explicite. Et quand on connaît le traitement que ce parti réserve à ceux qui le quittent – Aly Jaerling, Andy Maar, Jean Colombera et Jacques-Yves Henckes connaissent la chanson -, on comprend qu’elle reste prudente.

Contactée par le woxx, elle déclare qu’au cours de son double engagement à l’ADR, d’abord en tant que secrétaire de la fraction, ce qui est un boulot payé sans engagement politique, et puis comme secrétaire générale, sa frustration par rapport à la façon dont son parti gérait les dossiers et se gérait lui-même avait grandi jusqu’à devenir insoutenable : « Ça commence avec le fait que je n’approuvais pas le fait d’accomplir les deux tâches de secrétaire en même temps », raconte-t-elle. « Et puis l’organisation interne est chaotique. On tournait perpétuellement en rond, la prise de décisions était presque impossible et cela non pas uniquement à cause de la faiblesse du président Jean Schoos, ou de l’incontournable Gast Gybérien, mais à cause d’un `laisser-faire‘, d’une passivité générale. » Et de donner comme exemple le traitement réservé aux tendances d’extrême droite : « Si je dois admettre que, depuis un certain temps, le parti fait attention à ne plus admettre des extrémistes, il ne fait absolument rien contre ceux qui figurent déjà dans ses rangs. » Comme Gerd Müllenheim, le père de Timon Müllenheim, qui fut exclu pour extrémisme en 2012, et qui propage les mêmes idées que son fiston. « J’ai fait remarquer plusieurs fois que sa présence au comité national était problématique, mais le parti n’a pas réagi. Même si les portes pour son fils sont définitivement closes : l’ADR n’a même plus voulu de son aide pour aller coller des affiches pour les européennes ».

En ce qui concerne l’exclusion de Timon Müllenheim et de Dany Sobral, Miranda apporte un détail intéressant sur Joe Thein – qui leur était très proche à l’époque -, élu au conseil communal de Pétange : sans son siège, lui aussi aurait été exclu immédiatement du parti. C’est justement cet opportunisme passif qui a excédé la jeune femme : « L’ADR n’est pas un parti extrémiste par essence, mais il tolère ces tendances et en profiter ne lui déplaît pas. »

Thein a intérêt à se faire réélire.

Entrée à l’ADR comme elle dit à cause de sympathies personnelles et parce que le parti lui avait proposé un travail à sa sortie de l’université – ce qui en tant que lettrée n’arrive pas tous les jours -, Miranda admet avoir été attirée par certaines positions du parti : « Cela peut paraître paradoxal, mais je pensais à l’époque que l’ADR plus qu’un autre parti s’impliquait dans le thème de l’intégration, thème qui me passionne à cause de mon parcours personnel. Je partage aussi ses vues sur l’avortement, mais pas du tout celles sur le mariage homosexuel. Toujours est-il que j’ai vite dû constater le contraste entre ce qui se disait à l’extérieur et ce qui se faisait à l’intérieur du parti. Et puis il y a des incohérences que je ne supporte pas. Par exemple pour ma première conférence de presse, j’ai dû expliquer que le patronat luxembourgeois devrait engager des locaux avant les frontaliers. Comment est-ce que cela colle avec l’étiquette libérale que le parti veut se donner ? »

On note donc que, à chaque fois qu’un politicien de l’ADR quitte le parti, le rituel recommence. Le premier accuse le parti de laxisme face à l’extrême droite et de manque de démocratie intérieure, et le parti tente de calmer le public en invoquant soit des motifs personnels, soit en calomniant le sortant. Jusqu’au prochain départ?


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