AGRICULTURE BIO: On retrousse les manches !

Dans le cadre de la finalisation du plan de développement rural 2014-2020 et peu avant la foire agricole d’Ettelbruck ce week-end, trois organisations oeuvrant en faveur de l’agriculture biologique ont appelé lundi dernier les producteurs luxembourgeois à relever le défi du bio. Leur mot d’ordre : « Mir wëlle biologesch viru kommen ».

Un « optimisme réservé » : les associations bio espèrent un sursaut de la filière après quelques avancées réglementaires.

Avec environ 160 euros par consommateur et par an, le Luxembourg se situe dans le peloton de tête des achats de produits bio au niveau mondial. Pourtant, avec 121 exploitations seulement, représentant moins de quatre pour cent de la surface agricole utile, le grand-duché est à la traîne en ce qui concerne la production. C’est l’Autriche qui caracole en tête du classement mondial avec 20 pour cent de surface agricole en bio, si l’on exclut les îles Malouines (dont la surface bio est constituée d’immenses prairies pour la production ovine) et le Liechtenstein (160 kilomètres carrés de superficie totale).

Ce déficit de production locale par rapport à une demande élevée devrait motiver près d’une centaine d’exploitations à entamer leur conversion, selon les principales organisations de soutien à l’agriculture biologique. D’autant que les circonstances actuelles s’y prêtent particulièrement : en fer de lance, le nouveau plan de développement rural (PDR) qui introduit, de 2014 à 2020, une hausse des subventions directes au bio variant de 33 pour cent (maraîchage et viticulture) à 133 pour cent (pommes de terre). Le ciblage des aides à l’investissement est également amélioré. Celles-ci doivent aller en priorité « aux machines ayant un impact positif sur la protection de l’eau, sur l’utilisation rationnelle de l’énergie et sur la protection de l’environnement », au bénéfice évident de l’agriculture biologique.

Trois pour cent du budget du PDR

Le PDR, sur lequel chacun peut encore s’exprimer jusqu’au 21 juillet, utilise par conséquent, dans une certaine mesure, la marge de manoeuvre que la politique agricole commune de l’Union européenne autorise aux Etats membres. Il représente à ce titre une avancée positive, selon Daniela Noesen, de Bio-Lëtzebuerg, qui regrette cependant qu’il n’aille pas assez loin dans un verdissement de la politique agricole nationale. A titre d’exemple négatif, elle cite l’autorisation de traitement chimique des cultures de légumineuses dans les surfaces à priorité écologique. De son côté, Raymond Aendekerk, directeur de l’Institut fir biologesch Landwirtschaft an Agrarkultur (IBLA), regrette que les sommes allouées au bio ne représentent que trois pour cent du budget total du PDR ; il aurait souhaité voir l’objectif de certifier dix pour cent de la surface agricole du pays d’ici 2020 reflété par un budget équivalent en pourcentage.

Au-delà de ces timides mais réelles avancées réglementaires, l’IBLA, financée en grande partie grâce au plan d’action national pour la promotion de l’agriculture biologique, rappelle également l’intérêt de ses services de recherche, conseil et formation pour les candidats à la conversion. Cette approche intégrée permet non seulement d’orienter les agriculteurs vers les variétés les plus appropriées, mais aussi de les accompagner tout au long de leur projet. L’activité de conseil s’est récemment trouvée sous le feu des projecteurs lors de la médiatique affaire d’un agriculteur de Junglinster ayant quitté le bio. Dans un récent communiqué, l’institut rejette les propos du « Letzebuerger Bauer », qui cherchait manifestement à exacerber une prétendue querelle d’experts avec la société coopérative Convis – sans pour autant la confirmer par un document écrit (woxx 1271). Mais on ne prête qu’aux riches, et la médiatisation de l’affaire pourrait bien constituer la rançon du succès des services proposés par l’IBLA, dans la bataille d’intérêts feutrée entre bio et agriculture conventionnelle. Une question parlementaire du député vert Henri Kox a d’ailleurs amené la ministre de l’Environnement à rappeler mercredi que la polémique sur les biotopes protégés est improductive, dans la mesure où ceux-ci ne représentent que 3,6 pour cent de la surface agricole.

Troisième composante importante pour inciter les exploitants agricoles à se lancer, l’existence, pour satisfaire la demande élevée, d’une filière efficace de transformation et de distribution. Änder Schanck, de la coopérative Biog, parle d’un succès de sa structure qui fête cette année ses 25 ans. Il met ainsi en exergue les partenariats avec le groupe Cactus et la coopérative Luxlait pour prouver le dynamisme de la filière, avec des résultats chiffrés : alors qu’environ deux pour cent des fruits et légumes conventionnels consommés au grand-duché sont produits localement, ce chiffre grimpe à 20 pour cent à certaines saisons pour les produits biologiques.

L’ensemble de ces facteurs – demande élevée, subventions en forte hausse, dispositif d’accompagnement technique exhaustif, filière commerciale solidement établie – devrait donc motiver les exploitations agricoles conventionnelles à sauter le pas, si elles ne le font pas déjà par conviction écologique. C’est en tout cas ce qu’appellent de leurs voeux les associations bio, tout en rappelant que la démarche doit bien évidemment être volontaire.

Mais qu’en est-il du reproche le plus courant à l’agriculture biologique, à savoir le surcroît d’administration lié aux contrôles obligatoires ? A l’étranger, nombre de producteurs renoncent à la certification même s’ils se passent de produits phytosanitaires ; ils vendent ensuite en circuit court à des consommateurs qui leur accordent leur confiance et n’ont pas besoin d’être rassurés par un label. Beaucoup d’Amap (woxx 1270) fonctionnent ainsi par exemple. « On connaît les exploitations de ce type », explique Raymond Aendekerk. « On essaye toujours de les visiter avec nos conseillers. Parfois, il y a des blocages, c’est vrai, car l’exploitant a la confiance de ses clients en direct et ne veut pas entrer dans un système de certification qui implique des contrôles supplémentaires. Mais je connais aussi beaucoup de cas où les agriculteurs nous disent qu’ils ont déjà beaucoup de contrôles et que le bio n’est finalement pas plus contraignant. »

La modeste volonté politique, démontrée dans le nouveau PDR, et les structures existantes suffiront-elles à atteindre l’ambitieux objectif de dix pour cent de la surface agricole en bio d’ici 2020 ? Aendekerk sourit et annonce un « optimisme réservé ». La balle est maintenant dans le camp des agriculteurs.


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