NI VU NI CONNU: METIERS SANS VISAGE (3): Au-delà du masque

Oscar García Martín a 33 ans, il vit au Luxembourg depuis 1993. Enfant immigré en Belgique, une des voix espagnoles du petit train de la Pétrusse, animateur de radio, doubleur de films, figurant, comédien, interprète, traducteur, un véritable „spécialiste“ dans des métiers sans visage.

Oscar García Martín, multitalent qui voudrait, en plus, savoir chanter de l’opéra.

woxx: Quelle impression vous donne votre voix dans le petit train de la Pétrusse?

Oscar García Martín: Je ne l’aime pas! Je la trouve artificielle. Depuis lors, j’ai beaucoup travaillé ma voix. J’ai étudié au Conservatoire, je joue du théâtre et j’apprends à chanter. En fait, la voix qui me plaît vraiment est celle de Mélusine, qui est celle d’Alicia de Medina Rosales. Et j’aime bien la partie qui s’est ajoutée récemment, avec deux nouvelles voix. J’aime l’idée de ce train. Elle est très originale car elle ne se fixe pas sur les monuments, mais raconte d’une façon dynamique l’histoire de la ville, tout en y impliquant les voyageurs. Cela a été aussi mon premier travail comme traducteur au Luxembourg. Ça me plaisait bien, de savoir que quelque chose de moi resterait après mon départ. J’ignorais alors que j’allais rester au Luxembourg et je voyais ce travail comme une sorte de trace de mon passage.

Vous aviez déjà été au Luxembourg avant?

Oui, en 1983, je suis venu avec une excursion de Liège et les bâtiments du Kirchberg m’ont effrayé. „Quelle horreur!“, me suis-je dit.

Vous êtes comédien au Luxembourg …

En fait, j’ai débuté quand j’avais onze ans, à l’école, à Almería, avant de partir en Belgique. Comme j’étais un enfant plutôt rond, on m’a choisi pour le rôle de Sancho Panza, dans une représentation du „Quichotte“!

Au Luxembourg, j’ai joué avec deux troupes de théâtre en espagnol, le „Teatro Español de Luxemburgo“, dirigé par Póllux Hernúñez et „Theatrum“, dirigé par May Sánchez. Et j’ai travaillé aussi en français, dans „Les Vacances“ de Jean-Claude Grumberg, sous la direction de Philippe Noesen, et dans „La nuit au cirque“ d’Olivier Py, sous la direction de Paul Kieffer. Actuellement, je participe au projet „Dancing“, une pièce qui sera présentée l’année prochaine au Grand Théâtre et qui est dirigée par Paul Kieffer.

Et votre voix en français?

Je la sens moins spontanée, moins naturelle qu’en espagnol. On dit que j’ai un léger accent, pas très défini. Mais je crois qu’elle passe bien. L’année dernière un technicien m’a dit, à propos de ma voix dans „La nuit au cirque“, qu’il était impressionné par la sensibilité qu’elle transmettait. J’ai été très surpris et très flatté!

Le comédien a-t-il un visage ou n’est-il plutôt qu’un masque, au sens grec du terme?

Je crois que l’acteur n’est qu’un intermédiaire entre l’auteur et le public. Il met en jeu son corps, sa voix, son intelligence, … , afin de transmettre le message destiné par l’auteur au public. Il n’a aucune fonction créative. On dit „créer un personnage“, mais finalement l’acteur ne dit rien du sien. Il sert une idée, celle de l’auteur, voire du directeur. Quelque part, l’acteur est une marionnette.

Le public, a-t-il un visage?

Pas pour moi. La salle est un mur. Cependant, je peux établir des rapports individuels. J’aime beaucoup communiquer et cela me rassure, de trouver des regards qui me disent: „Ce que tu transmets m’intéresse“.

Dans le domaine artistique, qu’est-ce que vous aimeriez faire?

J’aimerais être clown, pouvoir travailler dans un cirque, faire rire les enfants et les adultes. J’aimerais également chanter et travailler dans une comédie musicale. Et j’aimerais, encore plus, chanter de l’opéra. Ce serait aussi une façon de montrer à mon père qu’il a tort quand il affirme que je ne sais pas chanter. Pourtant, du côté maternel de ma famille il y a une belle tradition de chanteurs de flamenco.

Dans une traduction, que reste-t-il d’Oscar García?

La responsabilité de sa qualité. La traduction est une activité très „ouvrière“. A la Commission européenne, nous traduisons des textes souvent législatifs et nous ne pouvons qu’être fidèles. Bien sûr, nous ne sommes pas des machines et chacun laissera passer
quelque chose de soi. Mais, comme les acteurs, nous ne sommes qu’une voie de communication.

Votre père était maire de El Ejido (Almería). Un jour il a décidé d’aller à Liège et il y a emmené sa famille. Vous y êtes arrivé en 1983, à l’âge de 13 ans. En tant qu’enfant d’immigrés, vous faites encore une fois partie d’un collectif sans visage …

Oui, je fais partie de ceux qui sont partis d’une région, presque toujours contre leur volonté, et qui arrivent dans des pays où ils ne sont personne, où ils n’ont pas de racines, où on les regarde bizarrement et où il faut se débrouiller.

Quels sont vos souvenirs des premiers temps à Liège, lorsque vous étiez le „nouveau“ de la classe et de surcroît étranger?

J’étais à l’école de jésuites „Saint Servais“, la même où avait étudié Simenon. La première chose qu’on m’a demandé c’était si je savais toréer. Et moi, je n’avais jamais été dans une arène! On rigolait beaucoup de mon accent. Au début, je me fâchais un peu, mais petit à petit j’ai dépassé ce problème. Je crois même que cela m’a motivé à apprendre plus vite le français. J’étais en pleine adolescence et entouré seulement par des garçons. Je me suis réfugié dans le jeu d’échecs, l’une de mes passions. Mon école avait une très bonne réputation dans ce domaine, car elle avait toujours produit de très bons joueurs. Je me suis inscrit dans l’équipe et nous sommes devenus les champions francophones. C’est comme ça que je me suis intégré à Liège. J’allais au club, j’étais avec des garçons belges. L’alternative aurait été de fréquenter la „Casa de España“, d’aller aux fêtes organisées par les immigrés espagnols, de sortir avec d’autres jeunes d’origine espagnole. Mais cela ne m’intéressait guère, car je préférais construire quelque chose pour moi, en regardant vers l’avant, sans la nostalgie du passé.


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