NI VU NI CONNU: METIERS SANS VISAGE (FIN): Une vie derrière le rideau

A regarder ses yeux magnifiques et son beau sourire, on l’imaginerait bien dans un rôle d’un de nos films préférés. Elle, par contre, a choisi de rester en arrière-plan. „Ma place est derrière le rideau. C’est là où je suis le plus utile.“

Aurélie Elich: „Les films d’époque, c’est passionnant. C’est le cas par exemple du film réalisé par Peter Webber „La jeune fille et la perle“ où j’ai travaillé avec Jenny Shircore, qui a reçu l’Oscar du meilleur maquillage pour le film Elizabeth.“

Aurélie Elich est Bruxelloise, elle a 25 ans et travaille depuis sept ans comme maquilleuse professionnelle. Depuis deux ans, elle vit au Luxembourg, où elle aide les acteurs et les actrices à „se mettre dans la peau de leur personnage“.

woxx: Comment avez-vous décidé de devenir maquilleuse?

Aurélie Elich: J’ai toujours aimé dessiner. C’est une échappatoire de la réalité, du quotidien. Le film E.T. a été révélateur pour moi. En fait, E.T. n’était pas vraiment un extraterrestre, mais quelqu’un de faux. J’ai compris qu’il était possible de montrer aux autres les images qu’on a dans sa tête.

Un jour, j’ai demandé à une amie de se déshabiller et j’ai commencé à peindre sur elle. J’ai découvert la grande différence entre le papier et la peau. Celle-ci est un support dont la mouvance, la sensualité, la lumière, l’odeur et le toucher sont bien plus riches que ceux du papier. L’échange que l’on peut établir avec la peau est magnifique.

J’ai fait des études d’histoire de l’art, de dessin et de maquillage à Bruxelles et j’ai débuté comme maquilleuse dans des agences de mode et de publicité. Mais je voulais travailler pour le cinéma, qui est une de mes passions.

Vous travaillez comme indépendante. Il y faut un certain courage, non?

Ce n’est pas toujours facile mais, après avoir réalisé d’autres activités, pour des raisons financières, j’ai décidé de me concentrer sur ce qui, finalement, m’intéresse le plus. Et c’était la bonne décision. Jusqu’à présent le travail n’a pas manqué.

Maintenant vous travaillez au tournage de „La femme de Gilles“, de Frédéric Fonteyne (Samsa). Cela doit faire de longues journées …

Je commence très tôt le matin. Les maquilleuses et les coiffeuses ont le privilège de partager avec les acteurs et actrices ce moment d’intimité qu’est le début de la journée. Nous les aidons à se préparer, à entrer dans la peau de leur personnage. Et nous sommes présentes tout le temps du tournage.

Maquilleuses, coiffeuses… Il n’y a que des femmes dans ces métiers?

Il y a très peu d’hommes.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier?

La possibilité de donner un aspect réel à un personnage imaginaire, de transformer en réel l’irréel. J’aime surtout travailler dans les films. La durée du tournage permet d’approfondir les rapports et de sentir qu’on appartient à une grande famille. J’aime mon travail, tout court. Malgré les horaires parfois difficiles, malgré le froid ou la grande chaleur, comme celle de l’été dernier, je ne me suis jamais levée sans envie d’y aller. En réalité, plus que du travail, c’est du plaisir.

Comment entamez-vous votre travail dans un film?

Normalement la maison de production me contacte, je lis le scénario, j’accepte la proposition et c’est parti.

Avez-vous des préférences?

Les films d’époque. On y apprend beaucoup, car il faut faire des recherches historiques pour bien choisir les costumes et les têtes des personnages. Surtout pas d’anachronismes! C’est passionnant. C’est le cas, par exemple, du film réalisé par Peter Webber „La jeune fille à la perle“ (Delux Productions, 2002), où j’ai travaillé avec Jenny Shircore, qui a reçu l’Oscar du meilleur maquillage pour le film „Elizabeth“ (1998).

N’avez-vous jamais été tentée de jouer vous-même?

Non! Pour dépanner des amis, j’ai joué comme figurante. Mais je sais que ma place est derrière le rideau. C’est là où je suis le plus utile.

Ressentez-vous que votre travail est apprécié?

Bien sûr. Jusqu’à présent, tous les réalisateurs avec qui j’ai travaillé sont conscients que le maquillage a une place importante dans le film.

Le secret d’un bon maquillage?

Qu’on ne le remarque pas. Ce n’est pas facile, surtout au théâtre, car là il faut tout exagérer pour que les traits des comédiens soient perceptibles, même aux yeux des spectateurs des dernières rangées.

Le plus important du visage …

Les yeux, qui sont de vraies fenêtres de la communication.

Avez-vous laissé quelque-fois un figurant „tel quel“?

Oui, cela m’arrive si la personne est un personnage en elle-même. C’est ce qu’on appelle des „gueules“

L’acteur a-t-il un visage pour vous?

Non, car on ne voit que le personnage. C’est donc plutôt un masque.

Une anecdote?

Lors du tournage d'“Octane“, je devais acheter des produits pour Madeleine Stowe, entre autres le shampoing et après-shampoing, mais il fallait une marque bien précise. Je suis allée dans beaucoup de parfumeries et partout on me disait que l’après-shampoing de cette marque-là n’était distribué qu’aux Etats-Unis. Fatiguée de chercher, j’ai mis mon badge, avec mon nom et celui de la société de production et tout a subitement changé! L’accueil a été très différent. J’ai expliqué que je cherchais ce produit pour Madeleine Stowe et on l’a commandé. Peu de jours après, il était arrivé. J’ai trouvé ça drôle. Toutes les portes s’ouvrent pour des personnes connues …

Avez-vous des rêves particuliers?

J’aurais bien aimé travailler avec Kubrick, mais il est trop tard. Et j’aimerais travailler avec Spielberg, qui utilise beaucoup d’effets spéciaux. J’aimerais aussi travailler dans un film sur Marilyn, que j’aurais voulu rencontrer.

Quels sont vos projets?

A nouveau un film d’époque, produit par Delux, sur
Shakespeare.

Envisagez-vous de rester au Luxembourg?

Pourquoi pas? Cependant, j’ai aussi envie de voyager, et mon métier me permet d’aller partout.


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