PHOTOGRAPHIE: Faire vibrer les angles

Les images d’Eric Chenal rendent hommage à l’architecture, tout comme ils exposent un point de vue subjectif
du photographe.

La Fondation de l’architecture et de l’ingénierie au Luxembourg propose jusqu’au 20 septembre l’exposition « Our House » qui oppose la rigidité d’une bâtisse au mouvement perpétuel de la lumière qui la pénètre.

La dizaine de photographies d’Eric Chenal retracent autant la construction d’une maison individuelle atypique, parce qu’hexagonale, que le sentiment personnel qui a envahi l’artiste durant la réalisation de ce projet. Cette entreprise s’étend du terrain vague au portrait de famille des propriétaires en passant par toutes les différentes étapes de la construction. L’intégralité du travail d’Eric Chenal est réuni dans un livre homonyme, publié aux éditions Maison moderne. Les photographies réalisées avec des appareils différents sont annotés par des textes de Fabrizio Gallanti, de Christoph Grafe et de Bart Lootsma. On y trouve également des entretiens avec les maîtres d’ouvrages. S’attarder sur l’oeuvre entière, consultable sur place, avant ou après l’exposition peut s’avérer utile – car celle-ci ne donne pas le même aperçu du travail du photographe.

En pénétrant la vaste salle dans laquelle des murs blanc hexagonaux sont érigés, le spectateur comprend très vite que les curateurs Carole Schmit et François Thiry ont mis un point d’honneur à nous transporter dans la matérialité de la bâtisse photographiée. Une petite maquette de cette fameuse maison individuelle attire le regard dès le seuil de la porte franchi.

Les photographies de tailles très différentes sont autant abstraites que figuratives. C’est dans une luminosité toujours variante que Chenal nous propose son interprétation de l’architecture de la maison. A trois reprises, il s’amuse à nous faire découvrir les variations de lumière. Le jeu d’ombre avec les angles du mur nu rappellent certains monochromes, et malgré ceci, ils sont loin d’être froids. Au contraire, ces images presque abstraites semblent venir souligner la vie, le mouvement incessant que produit la lumière. Outre la collaboration avec les rayons du soleil, il semble vouloir imposer l’angle perpendiculaire, s’opposer, peut-être inconsciemment, à la forme hexagonale de cette maison. Tous ces « monochromes » présentent fièrement, grâce au contraste qui crée finalement l’image, un angle parfait de quarante-cinq degrés.

Pourtant le photographe dépasse cette « obsession du droit » en nous offrant également d’autres points de vue, pour certains plus concrets. Le mélange de matériaux tel le bois, le béton fraîchement coulé ainsi que l’acier des piliers permettent au spectateur de ressentir le mouvement qui a englobé ce projet autrement que par la lumière. Ces photographies vont à l’encontre de la perception courante de l’aspect statique d’une maison. Elles nous permettent d’appréhender, à travers la manière très personnelle de l’artiste, que la vie que contient une maison ne vient pas uniquement de ses propriétaires mais bien d’elle-même. Et ce, dès le moment où l’architecte pose la mine de son crayon sur le papier blanc et que cela se perpétue, que ce soit à travers la main d‘?uvre ou encore par la lumière qui l’emplit.

A la Fondation de l’architecture et de l’ingénierie, jusqu’au 20 septembre.


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