IDYLLE GAMBIENNE: Socialistes heureux

Alors qu’au sein du PS français, seul au gouvernement, la révolte gronde, le LSAP tire un bilan positif des sept premiers mois du gouvernement de centre-gauche.

« Non, au sein de la fraction, je n’ai rien remarqué. » Interrogé sur d’éventuels « frondeurs », Alex Bodry, président du groupe parlementaire socialiste, se veut rassurant. Alors qu’en France, 33 députés socialistes viennent de s’abstenir lors du vote sur le budget de la sécu – contenant des « cadeaux aux patrons », au Luxembourg, la session parlementaire semble se terminer dans la sérénité. Lors de la conférence de presse de mercredi dernier, Bodry a insisté sur l’importance d’impliquer les députés dans les processus de décision de la coalition de gouvernement. Tout en rappelant que, si le climat au sein de « Gambia » était constructif, il pouvait aussi y avoir des frictions. Des frictions entre les partis, bien entendu, car au sein du LSAP, contrairement au PS français, on reste unis. C’était du moins le message envoyé lors de la conférence de presse. Etre socialiste, au Luxembourg, c’est cool.

En France, pour les député-e-s comme pour les ministres PS, c’est le stress. Après les défaites électorales et la fronde du printemps, ils se préparent à de nouveaux votes délicats à l’Assemblée pour la rentrée. A la suite des élections municipales peu glorieuses de mars, plus d’un tiers du groupe socialiste avait signé l’« appel des cent », demandant d’être impliqués davantage dans les choix politiques du gouvernement. Face au désastre des élections européennes, le 9 juin, les « frondeurs » lancent le site http://appeldescent.fr, qui présente une plateforme « pour plus d’emplois et de justice sociale ». Cette attaque frontale du budget du gouvernement – jugé trop favorable aux entreprises – n’a plus rassemblé que quelques dizaines de députés particulièrement audacieux. Ce qui ne veut pas dire que la politique du gouvernement soit vraiment soutenue par tous ceux qui ont sagement voté les propositions du gouvernement, et encore moins par la base du parti.

Dilemmes

Et au Luxembourg, la vague d’enthousiasme pro-Gambia perdure-t-elle au LSAP ? Du côté des questions sociétales, Alex Bodry s’est montré entreprenant. « Nous avons jusqu’ici échoué à susciter un débat public sur la nouvelle constitution », a-t-il admis, pour enchaîner : « c’est pour cela que le LSAP mise sur les référendums. » On sera curieux de voir si le parti restera uni sur les questions soumises au vote populaire – une clause mitigée concernant la séparation de l’Eglise et de l’Etat ne satisfera pas les laïcistes radicaux, tandis le droit de vote des étrangers risquera de ne pas faire l’unanimité du côté de la base. Mais pour les militants, le LSAP cherchera à proposer quelque chose pour chacune et chacun : mariage homo, avortement, enseignement des valeurs, réforme du divorce …

De tels artifices ne suffiront pourtant pas pour épargner au LSAP de cruels dilemmes en matière de politique économique. Bien sûr, Bodry a tenté de concilier les contraintes avec les désirs, les économies et le diktat européen avec les investissements et la lutte contre la pauvreté. Pour que cela tienne, pour que les socialistes passent harmonieusement le cap du rééquilibrage budgétaire et de la réforme fiscale, il faudrait à la fois que la Commission européenne de Jean-Claude Juncker change vraiment de cap et que le Luxembourg retrouve une croissance conséquente. A défaut, des frondeurs, il n’y en aura pas qu’en France.


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