PEINTURE: Contre le modernisme

L’exposition « Un voyage romantique : chefs-d’oeuvre de la collection Rademakers » au MNHA nous permet de revisiter une époque où le refus de la modernité était le dernier chic.

Tandis que, de nos jours, la notion de romantisme est entachée de kitsch, pathétisme et aussi de naïveté, il ne faut pas perdre de vue qu’à l’époque le mouvement se prenait très au sérieux. Un mouvement qui fut en somme réactionnaire dans son message, mais absolument moderne dans la façon dont il tentait de véhiculer ses idées – un paradoxe en soi. Mais quel mouvement artistique peut prétendre à être libre de contradictions ?

Alors que, vers la fin du 19e siècle, le monde moderne et industriel commençait à prendre forme – et de plus en plus d’espace -, l’art, la littérature, la peinture et la musique de la période tentaient de contrecarrer l’envahisseur en s’inventant de nouvelles valeurs et de nouveaux refuges. Cela pouvait prendre des traits grotesques, comme certains poèmes de Théophile Gautier l’illustrent : on y voit des nymphes mythiques massacrées par les hélices des bateaux à vapeur.

Si on ne trouve rien de tel dans les chefs-d’oeuvre de la collection Rademakers – issue de la volonté du magnat de la télévision hollandaise des années 1980 Jef Rademakers -, cela ne veut pas dire que les tableaux ne soient pas empreints d’une certaine nostalgie d’un âge d’or intemporel, opposé au modernisme rampant de l’époque.

D’abord, il y a le regard posé par les peintres hollandais et belges de l’époque sur leur réalité. On n’y trouve aucun vestige de la modernité, mais des ruines du Moyen Age, des paysages « italianisés » et des représentations idéalisées de la vie des gens simples – agriculteurs et pêcheurs avant tout. Et puis, en déambulant dans les trois premières salles de l’exposition – celles dédiées aux paysages, aux marines et aux nocturnes -, le spectateur ne peut que constater l’importance du ciel et de l’horizon dans la peinture de l’époque. Souvent, cette représentation prend plus des deux tiers de la surface des peintures, même dans les tableaux mystiques de la nuit. C’est l’homme qui disparaît presque dans la nature, qui est son sujet et qui essaie de vivre en harmonie avec elle, même si parfois il doit mener d’âpres luttes, comme le montrent les scènes d’orage en mer, voire de naufrages. On est à mille lieues de l’esprit positiviste de l’époque, qui voulait finalement subjuguer les forces naturelles pour mieux les exploiter.

Même les scènes urbaines – reléguées dans une salle plus loin – sont empreintes de mysticisme puisque, le plus souvent, elles représentent des intérieurs d’églises et de grandes cathédrales. Et si on ne peut pas y voir les cieux, la majorité des scènes baignent dans une lumière suggérant le surnaturel.

La dernière salle est enfin dédiée aux portraits. Mais là aussi l’individu disparaît presque devant l’idéal qui habitait les artistes de la fin du 19e siècle. Ainsi, on n’y trouve aucun nom de portraité-e-s, mais des indications comme « Le conseil du père », « La famille heureuse » et autres scènes de la vie urbaine.

Par sa concentration sur les idéaux d’un temps révolu, « Un voyage romantique » est avant tout une piqûre de rappel. Pour se garder à l’esprit que, il y a plus d’une centaine d’années, le modernisme et l’industrialisation étaient tout sauf l’ultima ratio de l’humanité.

Au MNHA, jusqu’au 14 septembre.


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