MATTHEW WARCHUS: Le socialisme gai

Ancré dans la tradition des comédies sociales et engagées britanniques, « Pride » raconte l’histoire authentique d’une rencontre entre deux mouvements. Un très beau film, même s’il en fait un peu trop par moments.

Une belle leçon de solidarité.

Quand Justin Turpel, le député déi Lénk, a évoqué la lutte des classes lors de son discours sur le mariage pour tous à la Chambre des députés, beaucoup de personnes dans l’audience ont roulé les yeux. Pourtant, la proximité entre les mouvements pro-gays et les divers mouvements sociaux est historique, même au Luxembourg. Et « Pride » en est une belle piqûre de rappel. Basé sur une histoire « vraie », il raconte comment la communauté gay et lesbienne naissante de Londres aida des mineurs gallois à continuer leur bras de fer engagé contre Maggy Thatcher – la Dame de fer déterminée à briser la nuque aux syndicats.

Cet affrontement historique – la grève des mineurs dura un an – entre la National Union of Miners (NUM) et le gouvernement Thatcher avait comme enjeu la fermeture annoncée de 20 mines de charbon et divisa profondément le Royaume-Uni. Pour mieux venir en aide aux différentes villes touchées par les fermetures, les sympathisants cessaient de collecter de l’argent pour la NUM et l’envoyaient directement aux communautés. Une idée qu’un jeune collectif de gays et de lesbiennes londonien adopta aussi – vu les similitudes avec leurs luttes : dénigrés par le gouvernement et les tabloïds, marginalisés par la société, ils étaient prêts à en découdre. Le groupe « Lesbians and Gays Support the Miners » (LGSM ) a vu le jour quelques mois après le début de la grève. Malgré les réticences, y compris dans sa communauté, le groupe, mené par Mark Ashton, deviendra assez vite le principal bailleur de fonds pour la petite communauté galloise de Dulai.

Au cours des visites de LGSM au pays de Galles, la tolérance et la solidarité des uns et des autres devront affronter les préjugés non seulement des officiels, mais aussi des responsables syndicaux du NUM et de quelques habitants de la ville minière au bord de la ruine. Malgré la grève perdue, qui sera un des plus grands triomphes de la Dame de fer, les liens tissés entre mineurs et militants pro-gays seront à la base de collaborations futures et les deux communautés continueront à s’entraider.

Certes, « Pride » apparaît comme un conte de fées, trop beau pour être vrai. Pourtant, les faits relatés – le soutien réciproque entre LGSM et les syndicats de mineurs – sont historiques. On pourrait cependant reprocher au réalisateur de s’être laissé entraîner un peu trop par les bons sentiments, surtout vers la fin du film qui a tendance à s’étirer en longueur. De même pour la fictionnalisation des personnages : celui de Joe Copper par exemple, inventé par la production, aurait aussi bien pu être économisé tant son histoire de coming out difficile a déjà été racontée, et puis cette sous-fiction masque aussi par moments le coeur de l’histoire.

Il n’empêche que, au moment où le fantôme de la sorcière Thatcher et son austérité hantent la planète entière, ce film fait l’effet d’une bouffée d’air frais. Il rappelle que, face à un adversaire tenace, la solidarité et l’amitié entre opprimés sont toujours importantes. Même si les luttes sont perdues en fin de compte.

A l’Utopia.


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