CHRISTOPHER NOLAN: Inception spatiale

Du trou de ver au trou noir, « Interstellar » de Christopher Nolan est une joyeuse chevauchée à travers l’espace-temps. Malheureusement, il semble que les voyages spatiaux nuisent aussi gravement à la cohérence des scénaristes.

L’humanité sera sauvée par le dernier Space Cowboy de l’univers.

La planète Terre dans un futur – malheureusement – assez proche : les ressources se raréfient, des tempêtes de sable ravagent les dernières récoltes, les plantes meurent et l’oxygène est sur le point de disparaître. En bref, la planète bleue est en train de suffoquer et tous les efforts de l’humanité pour la garder vivable semblent vains. Par un heureux hasard, les spécialistes de la Nasa, du moins ce qu’il en reste, découvrent l’existence d’un trou de ver énorme à côté de Saturne, et leurs sondes leur indiquent que, au-delà, des planètes habitables existent. Par un autre hasard, un ancien pilote de la Nasa, Cooper, qui comme la plus grande partie de l’humanité restante s’est reconverti en agriculteur, tombe justement sur le complexe caché de son ancien employeur où sont planifiées les missions « Lazarus » destinées à sauver l’humanité – à défaut de sauver la planète.

Cooper est vite réembauché et devient le pilote d’une mission destinée à recontacter trois autres chercheurs partis à la conquête de nouveaux mondes une dizaine d’années plus tôt – et qui continuent d’envoyer des signaux faibles par-delà le trou de ver. D’abord rechignant à laisser ses deux enfants sur la Terre, le héros finit par s’embarquer pour le voyage qui va le propulser hors des frontières de l’espace connu…

Depuis « Inception », on connaît le goût de Christopher Nolan pour allier scénarios ultra-complexes et esthétique de blockbuster. Un mariage qui semble lui réussir à première vue : l’histoire d’« Interstellar » est tellement complexe que même une page entière dans ce journal ne suffirait pas à la raconter. Dommage qu’une histoire complexe n’équivaille pas toujours à un scénario réussi. Car certains contrastes dans l’histoire ont tendance à agacer le spectateur. Comme les passages répétés dans lesquels les voyages à travers l’espace-temps sont expliqués à Cooper – trop simplistes, et puis vraiment : la Nasa enverrait-elle quelqu’un qui ne connaît rien en mécanique quantique sauver l’humanité à l’autre bout de l’univers ? C’est surtout vers la fin que le scénario faiblit et perd en cohérence – contrebalançant ainsi les magnifiques séquences qui peuplent le milieu du film. Avant tout celle où Matt Damon apparaît en explorateur devenu fou de solitude à l’autre bout de l’univers.

Le tout fait d’« Interstellar » un film mi-figue, mi-raisin. D’un côté on voit les hautes ambitions de Christopher Nolan de réaliser sa version du fameux « 2001 – A Space Odyssey », de Stanley Kubrick, et ses images sont vraiment réussies, tout comme sa cosmogonie très athée en fin de compte. De l’autre, il pèche par sa surambition : trop long (le film a tout de même trois heures au compteur), trop complexe et pas assez cohérent. Mais surtout, l’attitude de Space Cowboy de Cooper (planté par Matthew McConaughey) enlève beaucoup à la dimension quasi philosophique de ce film. Dommage, un bon producteur aurait probablement enlevé une bonne demi-heure au film et l’aurait certainement rendu plus agréable.

Aux Utopolis Kirchberg et Belval.


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