ELECTRO/INDIE: Fait maison

Avec Binkbeats, l’Exit07 nous fera découvrir un « nerd » un peu spécial – un artiste qui, à l’inverse de la tendance electro, rejoue ses grands classiques avec de vrais instruments.

Binkbeats – l’homme-orchestre de la nouvelle génération. (Photo : © Gabriel Eisenmeier)

En cette fin 2014, on croyait avoir tout vu en innovations musicales. Eh bien, c’est raté ! Alors qu’il est devenu tout à fait normal pour des artistes electro de jouer des « live » avec leur ordinateur portable – où le spectateur ne peut jamais être vraiment sûr qu’ils ne mettent pas simplement en marche tout leur concert en appuyant une seule touche -, Binkbeats démontre que faire de l’electro et être un vrai virtuose ne sont pas forcément deux choses contradictoires.

Bien au contraire : ce phénomène, dont la carrière a commencé sur le net par une série de vidéos postées sur YouTube – appelée « Beats Unraveled » (donc défaits, voire démystifiés) – qui le montrent toujours à des endroits différents avec son agencement multiple d’instruments classiques, électroniques et aussi très insolites, a carrément déconstruit la musique electro des dernières décennies avec une facilité déconcertante. D’Amon Tobin à Flying Lotus en passant par une version décoiffante du grand classique « Windowlicker » du Beethoven électrique qu’est Aphex Twin, Binkbeats les revisite à sa sauce et en solo. En mélangeant une ligne de basse samplée à des harpes électroniques, de la vraie batterie et une légion d’autres instruments – tous accommodés de boîtes à effets -, il ne reconstitue pas seulement les oeuvres d’autres musiciens mais leur donne aussi une touche personnelle. En plus de cela, Binkbeats a récemment et logiquement commencé à concocter ses propres compositions, et il en jouera quelques-unes devant le public de l’Exit07.

En avant-groupe, la programmation sert aussi une belle friandise française. Non pas des bonbons mais « Deux boules vanille », composé de Loup Gangloff et Frédéric Mancini. Deux batteurs qui n’ont rien à voir avec les duos de percussions classiques qu’on connaît. Ils sont connus pour leurs sets en live torrides, qu’ils aiment bien jouer au milieu de leur public – un peu à la façon de Publicist, qui avait défrayé la chronique au festival Out of the Crowd en 2013. Pourtant, le duo s’inscrit aussi dans une certaine tradition française de la pratique musicale alternative, qui aime explorer les contraintes. On pense notamment aux fous furieux de Gâtechien, Chevreuil ou encore Cheval de Frise. Mais là où leurs collègues restaient dans leurs schémas stylistiques et leurs sons, les musiciens de Deux boules vanille sont de réels caméléons musicaux. Assemblant des éléments de R’n’B à du grindcore et du dub, et mélangeant le tout dans une très longue improvisation, le duo casse les lois du songwriting et produit une musique bizarrement purifiée de contraintes – tout en partant d’une formation à contraintes, les amateurs de paradoxes apprécieront. Toujours est-il que, pour faire jaillir ce feu d’artifice musical, les deux compères ne se servent que de deux batteries et de sampleurs, qu’ils activent avec leurs baguettes. C’est peut-être aussi grâce aux performances énergiques qui en découlent que les boules de glace mettent les salles en feu.

En tout cas, pour celles et ceux qui veulent encore faire le plein de découvertes avant la fin de l’année : prenez rendez-vous ce vendredi à l’Exit07.

Ce vendredi 18 décembre à l’Exit07.


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