INSTALLATION: Rococotte

L’installation « Melancholic Dislocation » de Martine Feipel et Jean Bechameil est un ramassis de théories postmodernes, plus proche de la déco que d’une approche artistique du monde.

Dali was here…

En entrant dans le Ratskeller refait par le duo d’artistes Martine Feipel et Jean Bechameil, on ne peut évacuer l’impression de pénétrer l’oeuvre d’un architecte bourré, ou sous l’emprise de drogues psychédéliques. Ces colonnes penchées et surtout les miroirs distordus en fond de salle y ajoutent encore une idée de « Schueberfouer », en mettant le spectateur au milieu de l’oeuvre, confronté à lui-même.

L’idée derrière « Melancholic Dislocation » est vieille comme le monde : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve », disait déjà Héraclite. Et Feipel et Béchameil semblent répondre qu’on ne descend jamais deux fois dans le même Ratskeller. C’est pourquoi ils l’ont transformé en un lieu soi-disant intemporel ou atemporel, dans lequel le temps semble compressé, tout en compressant aussi la dimension spatiale. Cela rappelle également les scènes finales de « 2001 : A Space Odyssey » de Stanley Kubrick, mais en statique, surtout à cause de la blancheur aseptisée des éléments insérés par les artistes.

Quoi d’autre ? Le concept de déconstruction est suggéré par le texte donné à la presse, et bien sûr que ce dernier va comme un gant à « Melancholic Dislocation ». En allant plus loin, on pourrait aussi évoquer celui de l’« image-cristal » avancé par Gilles Deleuze. Mais finalement, une oeuvre qui réussit à intégrer tant d’idées et de philosophies est soit un « Gesamtkunstwerk » d’une génialité jamais vue, soit un fourre-tout. Et ce qui se trouve en ce moment dans le Ratskeller correspond plutôt à la deuxième définition.

Et puis, l’esthétique un peu vieillotte de la chaise fondue par exemple semble sortie tout droit d’un tableau du surréaliste Salvador Dalí, les explosions de couleurs en moins. Inutile de compter les fois où, dans l’art moderne et contemporain, des artistes se sont amusés à déformer des jalousies ou à faire des trous dans du papier mural pour exprimer les distorsions de l’espace-temps et tout le paquet de métaphores qui va avec.

Si « Melancholic Dislocation » est symptomatique de quelque chose, c’est que cette installation donne une image fidèle de la vacuité d’une certaine façon très bourgeoise de voir la commande artistique. On paie des artistes connus pour réaménager un espace public, sans vraiment avoir une vision du but à atteindre. C’est argent contre art – point à la ligne.

Cela fait-il de Martine Feipel et de Jean Bechameil de mauvais artistes ? Non, pas vraiment, si l’on considère que chaque artiste a besoin de l’argent des commandes pour vivre, surtout en ces temps de disette. Finalement, ils n’ont fait que refléter le vide conceptuel entretenu par leur commanditaire.

Au Ratskeller du Cercle Cité, jusqu’au 8 mars.


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