Pollution: Deux poids, deux mesures

Le Mouvement écologique et l’initiative « Stop Dioxin » en ont marre : le haut-fourneau électrique d’Esch-Belval continue de dépasser constamment les limites de pollution. Les deux associations prévoient des actions politiques et veulent emprunter la voie judiciaire.

Photo : flickr senor codo.

Que le Sud industriel n’est pas à l’abri d’une pollution importante n’est pas vraiment une nouvelle. Pourtant, avec les années – et surtout avec l’arrivée des écologistes au pouvoir – on aurait pu espérer une amélioration des choses. Or, c’est justement une stagnation à haut niveau que constatent le Mouvement écologique et l’initiative Stop Dioxin.

Membres tous les deux du comité de suivi instauré il y a cinq ans, qui comprend aussi des représentants d’Arcelormittal, des communes riveraines et de l’Administration de l’environnement, ils sont confrontés perpétuellement au même dilemme. Face aux dépassements constants des émissions du haut-fourneau de Belval, ce qui a pour conséquence des dépassements graves dans les immissions (mesurées dans les végétaux environnants par un processus de « biomonitoring »), les deux associations ont le sentiment que ni Arcelormittal, ni l’Administration de l’environnement ne les prennent au sérieux. Alors que les dépassements constatés ne font pas dans la dentelle : le taux TOC (total organic carbon), les HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques), le dioxyde de soufre et le CO2 – tous dangereux pour l’environnement et la santé – excédent en permanence les niveaux autorisés.

Le seul vrai remède a été jusqu’ici l’installation d’un système d’alarme par la commune d’Esch, qui en cas de dépassement grave informe ses citoyens et leur déconseille de manger les fruits et légumes de leur jardin. « Mais à quoi ça sert un système d’alarme qui de toute façon intervient trop tard, quand les gens ont déjà consommé leurs aliments ? », s’est interrogée Christine Leclerc de l’initiative « Stop Dioxin ».

L’ire des deux associations est d’autant plus compréhensible quand ils comparent la passivité de l’État envers Arcelormittal à sa boulimie d’action tant médiatisée dans le cas de la « Twinerg », qui en septembre dernier avait aussi pollué les environs de la métropole du fer, entraînant une ribambelle de nouvelles conditions d’exploitation, suite à une interdiction temporaire de fonctionner.

Twinerg pèse moins qu’Arcelormittal

C’est le phénomène du deux poids, deux mesures, constatent les associations. Et en effet, une « Twinerg » de toute façon menacée de fermeture pèse infiniment moins lourd que le quasi-monopoliste mondial de l’acier, dont l’État tente par tous les moyens de sauver les derniers sites au Luxembourg.

Pourtant, le ministère de l’Environnement ne le voit pas du même oeil. Olaf Münichsdorfer, son communicant, a expliqué au woxx que non, il n’y aurait pas un « deux poids, deux mesures, parce que pour les deux entreprises nous insistons avec la même fermeté sur le commodo ». Et à la question de savoir s’il y aurait une pression économique et politique qui ferait qu’Arcelormittal bénéficie d’un traitement de faveur, il répond : « Non, il n’y a aucune pression et des améliorations sont en cours ou ont déjà été faites sur le haut-fourneau. » Et de renvoyer vers une nouvelle réunion avec la firme en avril.

Pas sûr que le Mouvement écologique et Stop Dioxin soient disposés à attendre aussi longtemps. Dans un premier temps, ils veulent envoyer une plainte à la Commission de Bruxelles puis emprunter la voie d’une action en justice contre Arcelormittal.


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