PEINTURE: Out of Time

L’univers de Joe Allen est spécial : au lieu de se conformer aux goûts de l’art contemporain, cet Écossais rassemble toutes les périodes artistiques dans son œuvre, qui devient une sorte de simultané universel.

« Shore to Shore » – un voyage dans l’intimité de l’artiste.

Honnêtement, en approchant une première fois les toiles de Joe Allen exposées dans l’espace 1 de la galerie Clairefontaine, l’impression qu’on ressent n’est pas terrible. De loin, les tableaux de l’exposition baptisée « Shore to Shore » semblent représenter des paysages marins peints par un amateur, qui en plus serait tombé sur une journée de brouillard quand il a monté son chevalet.

Ce nonobstant, réduire Joe Allen à un peintre paysagiste amateur serait archifaux. En fait, cet artiste, qui d’ailleurs vit depuis une petite trentaine d’années à Trèves après avoir passé quelques décennies en Italie, où il a enseigné la peinture, ne souhaite pas représenter le réel, mais livrer au spectateur des éléments lui permettant de le reconstituer à sa façon. En ce sens, ses tableaux sont à voir comme des boîtes à outils dont on peut se servir pour construire une vision de ce que le peintre a – ou peut-être n’a pas – vu.

Ce qui plaide pour cette interprétation, ce sont les différentes techniques utilisées dans la confection des toiles : aux grosses touches impressionnistes se mêlent des pointillés et bien d’autres éléments. Ce ne sont finalement que les couleurs – toutes dans les registres des bruns, gris, bleus et verts (à une exception près) – et les formes qui indiquent qu’il s’agit bien de paysages marins. Quoique le titre aussi soit évocateur.

Bon, arrivé à ce point, on pourrait se dire que Joe Allen essaie d’être l’épigone des impressionnistes avec une touche de contexte postmoderne. Mais ce n’est pas si simple, car si l’on considère l’œuvre complète de ce peintre, on constate qu’il a traversé presque tous les styles de toutes les époques et qu’il voue une sorte de culte aux grands peintres qui ont marqué les différentes périodes artistiques. Une de ses séries est notamment composée de portraits de peintres, tels qu’Allen se les imagine.

En ce sens, l’artiste est une sorte de Billy Pilgrim de la peinture. Car, tout comme le personnage de « Slaughter-House Five » de Kurt Vonnegut, pour Allen toutes les époques se déroulent en simultané et peuvent être visionnées en même temps. Ce qui fait de lui un peintre certes en marge de la scène contemporaine, mais qui a son charme de maverick de la peinture : un peu à l’écart et ayant créé sa propre chronologie et son propre univers artistique. En fin de compte, une caractéristique bien écossaise.

À la galerie Clairefontaine, jusqu’au 18 avril.


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