INITIATIVES DE TRANSITION AU LUXEMBOURG: Changeons !

La venue de Rob Hopkins au Luxembourg le 19 mars est l’occasion de présenter le mouvement mondial des « Transition Towns ». Au Luxembourg aussi, de telles initiatives expérimentent les réponses possibles à une raréfaction de l’énergie.

C’est peut-être un hasard, mais la première mention du mouvement des Transition Towns dans le woxx ne se trouvait pas sur la page citizen. Et elle n’est pas due à un écologiste redoutant la fin du monde, une utopiste en mal d’inspiration ou un fana de permaculture vantant la dimension politique du jardinage. C’est dans le numéro 1083 que nous citions Philippe Durance, économiste et prospectiviste français qui avait visité la cité pionnière de Totnes en Angleterre. Le professeur en costume-cravate s’était intéressé à ce projet de « société frugale » et avait fait l’expérience de ses implications : « J`ai logé chez l`habitant. Le matin, il faisait 16 degrés dans la chambre et j`ai dû prendre ma douche à l`eau froide. »

Pas du tout refroidi, le professeur était plutôt enthousiaste et affirmait, dans le cadre d’un atelier sur le « PIB du bien-être », que « le jour où il faut changer, la société change ». Et que, pour ce faire, elle n’avait pas forcément besoin des experts présents. Heureusement car, en cette journée de novembre 2010, la plupart de ceux-ci avaient du mal à imaginer une sortie de la crise autrement que par la croissance.

Permaculture contre pétrole

Une imagination qui ne faisait nullement défaut aux participantes et participants des premières réunions de sensibilisation au Luxembourg, moins d’un an plus tard (woxx 1118). Et puis, oui, il y avait là des écologistes, utopistes et jardiniers, et leurs raisons de « faire de la transition » étaient tout à fait respectables – et bien plus rationnelles que les arguments du mainstream politique et économique pour ne rien changer. En 2013, nous consacrions un dossier dans le numéro 1234 au réseau pour la transition qui s’était entre-temps créé au Luxembourg, avec présentation de la coopérative d’achat et de jardin communautaire « Transition Minett » et interview de l’initiatrice du réseau, Katy Fox. Enfin, le lancement de la coopérative Terra, qui pratique la permaculture, a été l’occasion d’une autre interview avec deux membres fondateurs dans le numéro 1270.

Clairement, au Luxembourg, le mouvement a atteint la septième étape de la transition, théorisée par le Britannique Rob Hopkins : « Développer des manifestations pratiques et visibles de votre projet ». Le « Manuel de la transition » met en garde contre la tentation de multiplier les réunions où on ne fait que causer et formuler des vœux pieux. Et attire l’attention sur le difficile équilibre consistant à produire des résultats visibles sans pour autant s’embarquer dans des activités qui n’auraient plus de sens lors de l’étape ultime du processus : le « plan d’action de descente énergétique ».

En effet, le terme de transition se rapporte en premier lieu à la transition énergétique, au changement de paradigme consistant à nous préparer à quitter l’âge du charbon et du pétrole, l’âge de l’énergie abondante et bon marché. Certes, les discussions au sein du mouvement sont très ouvertes, et les activités multiples – au point qu’à la dénomination « ville en transition » on préfère désormais celui de mouvement des initiatives de transition. Mais le point de départ de la démarche reste la double idée qui a inspiré le fondateur Rob Hopkins au milieu des années 2000 : d’une part que notre modèle de production et de consommation n’était pas soutenable face à la raréfaction du pétrole ; d’autre part qu’il fallait se préparer collectivement au choc de cette crise énergétique en créant des structures résilientes sur le plan technique, mais aussi social.

En 2006, Hopkins a fondé la première initiative de transition, la fameuse « Transition Town Totnes ». Rapidement, un réseau s’est créé pour en faire connaître les idées et les expériences. Dès 2010, le Transition Network regroupait plus de 400 initiatives dans des pays aussi éloignés que le Canada, la Nouvelle-Zélande ou le Chili. Aujourd’hui, le millier d’initiatives est largement dépassé et le rayonnement est mondial – même si l’écrasante majorité des communautés est concentrée en Europe, aux États-Unis et en Australie. Ce n’est pas une mauvaise chose car, en termes de consommation par habitant, cela couvre la plupart des pays les plus énergivores de la planète.

Des lendemains solaires qui chantent ?

Le fait que de nombreuses initiatives de transition démarrent avec des projets liés à l’agriculture s’explique en partie par les origines du concept. En effet, Rob Hopkins a d’abord enseigné la permaculture – une pratique agricole consistant à s’inspirer de la nature et à travailler avec elle plutôt que contre elle. Insister sur la résilience des solutions face à la crise énergétique plutôt que sur une simple efficacité technique découle évidemment de cette expérience – la permaculture s’inspire des écosystèmes naturels, qui sont beaucoup plus robustes que les structures hautement artificialisées et fragiles de l’agriculture industrielle.

L’idée de transiter vers une société plus frugale suppose évidemment un certain scepticisme par rapport aux scénarios d’avenir dans lesquels l’énergie solaire abondante résoudrait tous les problèmes et permettrait de pérenniser nos modes de vie et de consommation. Sachant que ces scénarios sont vantés d’une part par certaines ONG et partis verts – soucieux de ne pas effrayer leurs donateurs ou électeurs -, d’autre part par le monde de l’économie – qui redoute une mise en question du système capitaliste -, ce scepticisme est fondé.

Mais ceux et celles qui s’engagent dans la transition ne se contentent pas de « cultiver leur jardin potager » en attendant la fin du monde. Dès le début, celle-ci a été pensée comme un processus collectif tenant compte des réalités et des problèmes sociaux. Certaines initiatives ont débuté dans des « quartiers difficiles », comme Moss Side à Manchester. Les initiatives cherchent aussi à collaborer avec d’autres acteurs, institutionnels ou civils. Ainsi le Centre for Ecological Learning Luxembourg (Cell), au centre du réseau luxembourgeois, cultive des relations avec des organisations aussi diverses que le Mouvement écologique, l’inititiative Grondakommes ou l’Erwuessebildung. Les autorités communales et le gouvernement sont également considérés comme partenaires potentiels, même si cela comporte le danger de servir d’alibi à des politiciens incapables d’agir de manière conséquente dans le domaine politique.

Que Rob Hopkins vienne le 19 mars pour une formation sur les villes post-carbone le matin et pour une conférence le soir (à 19 heures à l’Athénée) est une façon de reconnaître que, au Luxembourg, la transition a commencé. Après la conférence est prévue une discussion ouverte autour d’un buffet auquel chacun est invité à contribuer – la convivialité des réunions est également un élément caractéristique du mouvement. C’est ainsi que, ce samedi 14 mars, Transition Minett organise une « soirée créative et participative », là encore avec buffet « auberge espagnole ».

www.list.lu/en/event/vocational-training/vocational-training-detail/transition-towns-tomorrows-urban-planning-buildings/

http://cell.lu/rob-hopkins-is-coming-to-town-19-03-15-athenee-du-luxembourg/

www.transition-minett.lu


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