RÉFÉRENDUM: Pour trois fois rien

Contractuel ou consultatif ? Pour ou contre le droit de vote des étrangers ? Les contractions médiatiques autour du référendum et le niveau du débat actuel démontrent que cet exercice démocratique est définitivement mal parti.

Était-ce la faute au chauffage excessif de la petite salle ou aux contributions trop soporifiques des participants ? Toujours est-il que le débat sur le droit de vote des étrangers, mené en marge du Festival des migrations samedi dernier, a eu un effet plutôt anesthésiant sur l’audience où, après un quart d’heure d’échanges, au moins un tiers de la salle commençait déjà à piquer du nez. Et cela alors que le choix des orateurs était aussi pertinent que prometteur : Claude Wiseler du CSV, le parti qui dit non, non et non aux questions tout comme au référendum, le ministre de la Justice Felix Braz, qui est forcément dans le camp contraire, l’historien Denis Scuto, qui adore ferrailler contre les fonctionnaires réacs et tous les révisionnistes dans ses contributions à la presse, et Eduardo Dias du Clae, dont la position, au moins en ce qui concerne le droit de vote des étrangers, est claire.

Mais à part une passe d’armes en règle entre Wiseler et Braz au début, il n’y avait pas grand-chose de notable à cette table ronde. Et pour cause : quand on veut polémiquer et débattre autour d’une idée, il faut des bases claires. Or c’est loin d’être le cas pour ce référendum. Et ces incertitudes sont si profondes qu’elles touchent l’objet du débat – le référendum, donc, en son essence même.

Quand on veut polémiquer et débattre autour d’une idée, il faut des bases claires. Or c’est loin d’être le cas pour ce référendum.

Commençons par le CSV et son lot de contradictions. Alors que Wiseler tente de vendre un « trois fois niet » ferme à l’électeur, la fronde s’organise dans les coulisses de son parti. Plus précisément au sein de son organisation de jeunesse, le CSJ, qui compte bien appeler à voter pour le vote des étrangers, comme il l’a décidé dans un congrès il y a quelque temps. Tandis que, au congrès qui doit se tenir ce vendredi même, la tendance serait plutôt de dire deux fois non aux autres propositions du référendum. C’est clair, les carriéristes de la jeunesse conservatrice ne vont pas pousser la fronde jusqu’à scier la branche sur laquelle ils comptent bien s’installer un jour. Et puis, il y a la controverse sur la contractualité ou non du référendum. Alors qu’un expert, le professeur Luc Heuschling, insiste sur le fait que les résultats de la consultation doivent être transposés dans la loi par les décideurs politiques, et donc par le parlement incluant le CSV, un autre expert, Marc Thewes, comme par hasard très proche des conservateurs, préfère douter que la classe politique soit forcée d’accepter les résultats du référendum. Ceci afin d’éviter au CSV de devoir voter contre ses propres idées, seulement parce que la vox populi en aura décidé ainsi. Quoi qu’il en soit, le CSV ne pourra sortir que perdant de cet imbroglio.

Ce qui ne fait pas des champions de la coalition bleu-rouge-vert automatiquement des gagnants. Puisqu’ils ont tellement affaibli la proposition sur le droit de vote des étrangers, jusqu’au point de la rendre absurde – « un très petit pas en avant » concédait Braz lors de la table ronde au Festival des migrations -, ils ne pourront pas s’attendre à ce que tout le monde les prenne au sérieux. Au contraire, celles et ceux qui s’attendaient à une véritable ouverture sont déjà déçus, tandis que les autres, qui de toute façon ne voulaient pas en entendre parler, voteront contre par principe. À part les partis à gauche et à droite de l’échiquier de la politique mainstream, personne ne pourra tirer son épingle du jeu tant qu’on ne saura pas exactement où se positionnent les grands partis, qui préfèrent se cacher dans un brouillard artificiel, de peur de devoir s’expliquer à leur électorat. En résumé, une belle leçon de politique politicienne.


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