Migrations : La loi, c’est la loi

Ce vendredi matin, un citoyen sénégalais parfaitement intégré au Luxembourg sera probablement expulsé vers son pays d’origine.

Abdou Sané, citoyen sénégalais, est venu au Luxembourg en 2011 pour faire ses études. Engagé auprès d’Amnesty International jusqu’en 2013, il est depuis enseignant au centre de formation Lucien Huss. Il est décrit par ses collègues et les gens qui le connaissent comme une personne engagée, sympathique et parfaitement intégrée. Sa demande d’obtention d’un permis de séjour a pourtant été refusée à plusieurs reprises. Depuis la semaine passée, il est incarcéré au centre de rétention du Findel. Il aurait dû être expulsé vers le Sénégal la semaine passée, mais l’expulsion a été reportée d’une semaine.

Le centre de formation Lucien Huss a lancé une pétition en ligne contre son expulsion, qu’Amnesty et d’autres associations ont soutenue – près de 1.100 personnes l’ont signée à ce jour. Rien à faire. Ce vendredi matin, Abdou Sané sera probablement expulsé.

Tous ses recours ont été épuisés, à part un, pour lequel il a été convoqué au tribunal administratif… lundi, soit après son expulsion. Décidément, ils ont de l’humour, les bureaucrates ! Le ministre Asselborn serait lui pris dans un dilemme : certes, Abdou Sané serait un citoyen modèle, bien intégré, engagé, sympathique, mais les lois ne laisseraient pas de marge de manœuvre. Il est bien plus facile de tenir de grands discours humanistes devant le monde entier que de les appliquer concrètement à la maison.

Une politique d’asile à visage humain, c’est ce que prône le gouvernement. Les deux ministres concernés, Jean Asselborn et Corinne Cahen, ne se lassent pas de répéter que la richesse du Luxembourg, ce sont aussi ses immigrés. Pourtant, dans le cas de Sané, on s’en fiche de la richesse que pourrait représenter quelqu’un comme lui pour le pays : la loi, c’est la loi, et il n’y a rien à faire.

Voilà bien le discours typique des bureaucrates de toutes couleurs : c’est la loi, ce sont les ordres, je ne fais que faire mon travail, je ne peux rien y changer. C’est bien pratique, en même temps : on peut toujours se cacher derrière quelque chose d’inévitable, on peut toujours se dire que, de toute façon, on n’aurait rien pu y changer.

Il est bien plus facile de tenir de grands discours humanistes devant le monde entier que de les appliquer concrètement à la maison.

Une chose est sûre cependant : pour les migrants, il n’existe pas de « bureau 6 » prêt à trouver des moyens pour contourner, en toute légalité, le cadre législatif. Mais au pays des courtes distances, où un arrangement est toujours possible pour ceux qui rapportent de l’argent, cela devrait aussi pouvoir être le cas pour quelqu’un comme Abdou Sané.

S’il est effectivement, comme le veulent les annonces, expulsé avant la fin de la semaine, à quoi aura servi le récent report de son expulsion d’une semaine ? Cela voudrait dire qu’on l’aurait emprisonné pendant une semaine et demie au centre de rétention, pour quand même l’expulser en fin de compte. Au-delà des questions de principe – peut-on emprisonner des personnes dont le seul « crime » est d’avoir voulu recommencer leur vie ailleurs que dans leur pays d’origine ? -, une question d’ordre éthique se pose : ne devrait-on pas tout faire pour minimiser le temps passé dans un centre de rétention ?

Après l’expulsion, on pourra à nouveau arborer des visages consternés et se dire : « Ah, que c’est triste ! » Et personne ne se sentira responsable : la loi, c’est la loi, et on ne peut rien y faire.


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