CONTRE LA GUERRE: Virez les voyous!

Qui n’est pas contre la guerre? Derrière le consensus mou de l’opposition à Bush se cachent des convictions allant du pacifisme à la realpolitik, en passant par l’opportunisme politique.

Depuis jeudi matin 4 heures, les Etats-Unis font partie, aux yeux de la grande majorité des habitant-e-s de la planète, de la catégorie des Etats voyous. Leur attaque contre l’Irak a lieu sans mandat de l’ONU et à un moment où le démantèlement des armes de destruction massive irakiennes pouvait se poursuivre pacifiquement. Cette manière de procéder n’est compatible ni avec la lettre, ni avec l’esprit de la charte des Nations unies.

La majorité gouvernementale luxembourgeoise a été prompte à prendre ses distances avec le choix du président Bush. Le député CSV Marcel Glesener a parlé de „violation du droit international“. Pour insister ensuite, tout comme le Premier ministre, sur l’importance de sauvegarder une relation transatlantique forte. Les Etats-Unis agissent mal, mais nous ne pouvons nous passer de leur amitié, voilà ce qu’ils essaient de nous expliquer.

Un tel raisonnement, habituel du temps de la guerre froide, n’est plus crédible aujourd’hui. L’importance des Etats-Unis ne vient plus de leur rôle de contre-poids dans l’équilibre de la terreur, mais de leur statut de première puissance mondiale. Dans l’intérêt de la paix, ce pays devrait s’insérer dans un ordre mondial multilatéraliste et non poursuivre, seul ou avec des alliés, des intérêts égoï stes. S’il faut choisir aujourd’hui, ce n’est pas la relation transatlantique, ni l’OTAN, mais bien l’ONU qu’il faut sauvegarder.

Alors, pourquoi notre gouvernement, après avoir constaté la gravité de l’acte, s’empresse-t-il d’expliquer que cela ne doit avoir aucune conséquence? N’importe quel autre pays menant une guerre d’agression se verrait exposé à des sanctions diplomatiques, économiques, voire des actions militaires. Tout en se disant attaché aux grands principes des droits humains, le gouvernement ne se retrouverait-il pas dans une logique de clans mafieux? Il critique le „parrain“, tout en cherchant à s’arranger … entre voyous.

Car au niveau des relations internationales, le monde, à défaut d’une véritable autorité supranationale, ressemble plus à une jungle qu’à un „village global“. Il y règne la loi du plus fort, et richesses et pouvoir sont répartis inégalement. Le Luxembourg, clairement du côté des bénéficiaires de cet „ordre“, se doit de cultiver de bonnes relations avec le pays le plus musclé. La solidarité entre voyous, voilà ce à quoi appelle notre gouvernement.

Qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas de dénoncer uniquement la coalition CSV-DP. Faut-il rappeler que plus d’un apôtre de la paix d’aujourd’hui s’est trouvé parmi les va-t-en guerre en 1999? Faut-il rappeler le large consensus lors de la guerre du Kosovo? Or cette guerre était, dans une certaine mesure, encore plus révoltante que celle d’aujourd’hui. Elle avait également été déclenchée sans mandat, elle visait un régime à classer loin en-dessous de celui de Saddam Hussein sur l’échelle de l’oppression et elle était menée d’une manière qui ne pouvait ni libérer ni protéger personne. Qui nous dit que les Schröder, Fischer, Chirac et Poos, qui se prononcent aujourd’hui pour la paix, ne se retrouveront pas du côté des bellicistes lors d’une prochaine guerre?

Faut-il désespérer pour autant? Non, car les politicien-ne-s ne sont pas insensibles aux mouvements de l’opinion publique. Le message de paix et de justice pourra convaincre, à condition de ne pas jouer sa crédibilité par des alliances contre nature. L’espoir, ce sont les mouvements de la paix, au Luxembourg, partout dans le monde, et, à ne pas oublier, aux Etats-Unis même.


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