ART: Le vague en vogue

Dans le contexte assez flou de l’année culturelle qui nous attend encore, le woxx préfère présenter en détail un projet laissé dans l’incertitude, à renflouer la vague qui entoure le programme officiel présenté cette semaine.

Visages vides à remplir soi-même. „Ni vu ni connu“ mise avant tout sur la participation du „consommateur“ d’art.
Illustration: Marianne Grisse.

„Ni vu ni connu“ – pour une fois qu’un titre traduit à merveille le concept qui se cache derrière le projet, sans pour autant révéler toute la substance de son contenu. „C’est vrai que nous ciblons plutôt un public qui est prêt à se laisser surprendre“, explique Carole Lorang, la responsable artistique du projet. Pour l’année 2007, la jeune dramaturge va délaisser un peu le théâtre – sauf pour un projet luxemburgo-roumain qui sera montré à la Kulturfabrik – et se consacrera à l’organisation de douze manifestations qui auront lieu chaque premier vendredi du mois. Les lieux, ainsi que les performances restent top secret, et ne seront visibles sur internet qu’un jour avant la représentation.

Alors, pourquoi une telle culture du secret? „Cela fait partie du concept, les lieux ont été choisis en fonction de leur inaccessibilité au grand public – mais tous sont connus par ce dernier. En fait ce que nous voulons, c’est faire exploser certains mythes qui entourent certains lieux. Il s’agira de proposer une nouvelle lecture et jouer avec les préjugés existants concernant ces lieux. L’espace est notre matière et nous la transformons par de l’art interdisciplinaire. Et une telle conception ne peut pas fonctionner avec un effet d’annonce, qui divulgue tout. Il faut que les gens arrivent chez nous sans aucun horizon d’attente. Ce n’est qu’ainsi que nous pouvons atteindre un effet maximal de nos idées“, ajoute Carole Lorang. De plus il s’agit à chaque fois d’un spectacle unique – au moins en ce qui concerne l’aspect spatio-temporel: „C’est vrai que nous avons ‚acheté‘ quelques performances artistiques, que nous transposons tout de même dans un espace différent que celui d’origine“, admet-elle, „mais il nous était impossibe de ne faire que des créations“. Dans le programme de „Ni vu ni connu“, ce ne sont pas seulement les lieux qui restent inconnus du public, mais aussi les artistes. Tout ce qu’on peut extorquer de la coordinatrice du projet, c’est qu’il y aura beaucoup de disciplines diverses, cela va de la performance au storytelling et autres installations audiovisuelles.

„En plus nous essaierons d’organiser des concerts ou des DJ pour chaque soirée. Car nous voulons aussi créer une expérience conviviale“, laisse-t-elle entendre.

L’entrée sera payante pour certains projets, mais pas pour tous, en fonction de ce que le spectacle aura coûté à la production, et il y aura bien sûr une petite restauration. Question de ne pas trop effrayer les amateurs d’art un tant soit peu confortables.

Pourtant, la question pourquoi l’art contemporain en général – et Luxembourg 2007 n’y fait aucune exception tout au contraire – se tourne de plus en plus vers l’évenemtiel, se pose. Ce n’est pas une critique rétrograde, dans le genre „Avant, tout était mieux, car l’art se prenait encore au sérieux“, mais plutôt un essai de comprendre cette tendance. „Nous voulons donner un aspect festif à notre production. C’est assez clair, que nous nous distancons d’une certaine conception de l’art qui sent le renfermé“ explique Carole Lorang. Ce ne serait qu’en ouvrant de nouvelles perspectives, sans pour autant se doter d’un label avant-gardiste que l’art – ou plutôt l’activité artistique, pour donner le plus petit dénominateur commun – pourrait continuer à être pertinent ces temps-ci.

Pour le projet „Ni vu ni connu“, les collaborateurs semblent peu orthodoxes. En effet, travailler ensemble pour un tel amas de projets différents mis sous un label commun, avec un bureau d’architectes et une école, en occurrence la Fachhochschule de Trèves, semble encore compliquer les choses. Même si le bureau d’architectes a déjà collaboré aux décors de certaines pièces de Carole Lorang, cette expérience semble inédite – du moins pour le Luxembourg. Car elle mêle deux choses, que l’on croyait, ou que l’on croit toujours impossibles à mettre sous une seule casquette: l’art et l’environnement professionnel, autrement dit, le capital. Mais peut-être est-il grand temps de dire adieu à cette conception romantique de l’art et de l’artiste, qui, dans l’imaginaire collectif a toujours quelque chose de vaguement gauchiste et de révolutionnaire. Pour Carole Lorang, intégrer le monde du travail dans le projet n’a rien d’un tabou: „Pour certains de nos projets, nous impliquerons aussi les gens qui travaillent et habitent à ces endroits. C’est l’occasion pour eux de présenter et de vivre ces lieux auxquels ils se sont habitués, de façon différente“.

Un avantage incontestable de cette approche est que les barrières entre le milieu de l’art et celui du consommateur tombent. „Nous voulons que ces espaces soient aussi ouverts à la confrontation“, commente Carole Lorang, „c’est aussi une façon de nous approcher du thème de la migration qui est supposé sous-tendre l’année culturelle 2007“. Et en renouvelant des lieux et des personnes par le biais de l’art, „Ni vu ni connu“ ira certainement plus loin qu’un simple spectacle importé de la Grande Région et qu’on encense et admire juste pour son „exotisme“. „De toute façon nous n’avons pas engagé que des artistes luxembourgeois ou de la Grande Région“, raconte-t-elle. Ces différences les intéressent peu, et ils ont raison. Ce n’est pas parce que le label impose une certaine territorialité que l’art en 2007 s’arrêtera aux portes d’Arlon, de Metz ou de Trèves.


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