ANCIEN ZOO: Escape from the Zoo

Avec l’annonce du rachat par l’Etat de l’ancien zoo de Senningen, un chapitre de l’histoire luxembourgeoise se termine. Mais en même temps, on ferme aussi les portes sur ce qui pourrait devenir un nouveau centre culturel.

Culture Inside: A l’extérieur la désuétude, à l’intérieur l’énergie (Photos: woxx/Retrace My Fragments)

Il est difficile d’imaginer comment les 125.000 personnes qui ont visité le zoo durant sa première année d’existence en 1968 ont pu trouver leur destination. En 2007, aucun panneau n’indique le chemin vers ce qui reste du seul zoo du Luxembourg. Et ceux qui le trouvent auraient mieux de se procurer une 4×4, tant la route est semée de trous et de cailloux. C’est vrai que l’ancien zoo est dans un triste état. Les façades du village western sont en pleine décomposition, tout comme le sol et les restes d’étables en ruine. Quelques rares animaux, des chèvres et des chiens surtout, témoignent encore du temps où rugissaient encore les lions et les panthères dans leur cages.

Toutefois il reste quelque chose d’incongru à cet endroit. Ce ne sont pas les avions qui passent dans un rythme de dix minutes par-dessus les ruines, provoquant à chaque passage un vacarme qui fait taire les conversations, mais plutôt le charme d’un endroit délaissé. Et qui attire toutes sortes de gens. Car ce qui manquait crucialement dans les articles publiés sur le zoo depuis l’annonce du rachat, c’est qu’il y a des gens qui y travaillent. Des groupes qui repètent et un artiste-peintre qui y tient son atelier. On n’a pas pensé à eux, les journaux préférant agiter la peur de l’étranger – des „illégaux“ et des sans-abri – qui pourraient s’y nicher et constituer une zone de non-droit, à proximité de l’aéroport en plus. Mais les médias n’ont pas été les seuls à les ignorer. „On a su que le zoo était vendu à l’Etat par la voie de la presse“, explique Steve, membre du groupe de hardcore Retrace My Fragments, qui a répété dans les locaux du zoo pendant presqu’une année. „Ni le propriétaire, ni les autorités ne se sont donnés la peine de nous en informer“. Les groupes concernés – trois au total – se sont concertés et ont décidé de faire leur propre enquête. „Nous avons même dû fixer une petite pancarte avec nos contacts sur la porte d’entrée de nos locaux, pour demander à être informés par quelqu’un“. Finalement, c’est la police qui a appelé et dès lors ils savent qu’ils sont en situation illégale et qu’ils feraient mieux de se trouver un nouvel endroit pour leurs répétitions.

Ils s’étaient même donnés la peine d’aller jusqu’à la commune de Senningen, de contacter l’avocat du propriétaire et les ministères concernés. Personne n’a pu les renseigner. Le propriétaire a même nié avoir vendu le zoo, deux jours après avoir dit le contraire au journal télévisé. Devant le fait accompli, les groupes ont préféré plier bagages.

Pourtant, ils étaient loin d’être des intrus ou des parasites sur le site de l’ancien zoo. „Nous avons toujours payé notre loyer, comme convenu avec le propriétaire“, explique Steve“, la seule chose qu’on n’a pas faite – pour des raisons de commodité – c’est établir un contrat écrit. Nous n’avons rien qui puisse prouver nos paiements et l’agrément passé avec le propriétaire“. Les groupes se retrouvent donc dépourvus de tout moyen de défense contre leur expulsion.

Quant aux prétendus „illégaux“ qui se cacheraient dans les baraques vétustes: ils doivent bien se cacher. A première vue en tout cas, aucun signe de présence étrangère n’est visible. „Il y a des jeunes qui réparent ou raffistolent des bagnoles dans la cour, mais ce ne sont pas des dangereux“, raconte-t-il. Sinon quelques personnes „un peu louches“ seraient signalés ça et là, mais aucun groupe n’a eu de problèmes avec ces gens-là. Aucun vol de matériel n’a été constaté d’alleurs. Alors que les serrures des locaux ne sont pas dans un état impeccable, tout comme les portes qu’elles ouvrent.

C’est plutôt un problème lié à la peur de la population des alentours. Que les gens ne veulent pas d’un endroit en désolation est tout à fait compréhensible. Mais la haine et la peur auxquelles certains des musiciens ont dû faire face dépassent aussi les limites et ne peuvent relever que d’une appréhension irrationnelle de l’inconnu, d’ailleurs largement relayée par les médias. Alors que de toute façon, même après le rachat, la situation du zoo n’est pas prête de changer. Le propriétaire a un droit de résidence pour les cinq ans à venir.

Peut-être serait-il temps de penser à un autre usage de ce lieu qui sent bien le charme des endroits tombés en désuétude. Car malgré les centres culturels qui poussent comme des champignons un peu partout dans le pays, il reste toujours un manque de place pour des groupes ou des artistes qui veulent s’installer quelque part. Et l’histoire de certains centres culturels – la Kulturfabrik par exemple – a prouvé qu’un engagement de longue durée peut sauver et même faire revivre les endroits les plus incongrus. Car raser tout serait bien dommage.


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