Alan Rickman : Madame Soleil

« A Little Chaos », le deuxième film de l’acteur Alan Rickman, est un essai de fresque historique pour évoquer la folie versaillaise de Louis XIV. Mais le jeu n’en valait pas la chandelle.

Mais que faire pour plaire au Roi-Soleil ?

La France vers la fin du 17e siècle : l’absolutisme instauré par Louis XIV est à son apogée, les frontières du royaume centralisé assurées par Vauban et le roi s’apprête à enfermer la noblesse de son pays dans une énorme cage dorée – le château de Versailles. Pour ce faire, le monarque, qui a connu un des règnes les plus longs de l’histoire européenne, vu qu’il est monté sur le trône à l’âge de cinq ans, a besoin d’un château hors normes et aussi d’un jardin d’une beauté incomparable – histoire d’étaler sa gloire et la domination de la France sur l’Europe, qui vient tout juste de se réveiller avec une énorme gueule de bois après les guerres religieuses ayant suivi la Réforme protestante.

Entrent en jeu donc les meilleurs courtisans, pour faire du parc de Versailles un lieu unique au monde. Parmi eux, André Le Nôtre, personnage historique d’ailleurs et créateur d’un grand nombre de jardins qui existent encore de nos jours. Dans la fiction « A Little Chaos », il s’éprend d’une jeune veuve qui exerce le même métier que lui, Sabine de Barra, et l’aide à gagner l’affection du Roi-Soleil pour qu’elle puisse aménager une partie des jardins de Versailles. Bien sûr que cela ne va pas fonctionner sans intrigues, menées surtout par la femme de Le Nôtre qui n’hésite pas à tenter de saboter le projet.

Pour comprendre « A Little Chaos », il y a plusieurs possibilités : ou bien on le voit comme un film historique, ou bien comme une fantaisie sur l’histoire. Dans le premier cas, le film d’Alan Rickman – qui s’est d’ailleurs octroyé le rôle de Louis XIV – ne pourrait être pire. Car faire le portrait d’un des despotes les plus brutaux de l’histoire française – il est notamment responsable de deux famines qui coûtèrent la vie à deux millions de ses sujets – en tant que père de famille sensible et aimant est tout simplement déplacé. Dans « A Little Chaos », la politique et tout le monde extérieur sont absents. Tout se joue au sein de cette immense cour dans laquelle le roi, par calcul politique, a choisi d’enfermer la noblesse pour mieux la contrôler. Et si le film était une fantaisie, il faudrait alors dire qu’Alan Rickman a fait montre d’un goût pour le moins douteux. Inventer le personnage d’une femme émancipée dans le contexte d’un 17e siècle totalement absolutiste est déjà osé – de surcroît, le personnage de Sabine de Barra ne se heurte pas tellement à la domination patriarcale, mais souffre plutôt des intrigues inventées par les femmes de la cour, jalouses et mauvaises.

En tout, « A Little Chaos » est un film sans véritable fondement. Une épopée costumée inventée de toutes pièces. Ce qui en soi n’est pas forcément une mauvaise chose, si on sait articuler un message, une idée ou du moins proposer une esthétique. Malheureusement, l’opus d’Alan Rickman – que les fans de Harry Potter connaissent pour avoir joué le rôle de Severus Snape dans les adaptations cinématographiques – ne propose rien de tout cela. Ainsi, si le film a bien un lien avec l’époque et le milieu dans lequel il se joue, c’est seulement celui d’être lui aussi un beau gâchis.

À l’Utopia.

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