ArcelorMittal : Liberty House rafle la mise

Après l’offre de Salzgitter, ce sera donc à Liberty House – un fonds financier spécialisé dans l’industrie métallurgique – de reprendre le dessus dans la reprise du site de galvanisation à Dudelange.

(Image : screenshot Liberty House)

Pour rappel, le site de Dudelange se trouve dans le lot d’usines qu’ArcelorMittal doit revendre afin d’incorporer l’usine Ilva à Tarente (Pouilles) en Italie. Depuis le feu vert de la Commission européenne, les tractations autour d’un repreneur avaient commencé en coulisses. Une première offre de la Salzgitter AG avait été vue plutôt positivement par les syndicats OGBL et LCGB.

Pourtant, selon un communiqué d’ArcelorMittal, c’est Liberty House, plus précisément sa succursale Liberty Steel, un fonds financier fondé en 1992 et spécialisé dans l’acier, l’aluminium et l’ingénierie qui a reçu l’accord d’incorporer les usines de Dudelange et de Liège (les sites de Flemalle et de Tilleur) dans un package. Une nouvelle qui a provoqué de vives inquiétudes du côté syndical. Dans un communiqué de presse, le LCGB écrit notamment que « la logique de cette société est conglomérale et ne s’inscrit donc pas dans une stratégie purement axée sur le secteur de la sidérurgie comme pour Salzgitter ».

Et de se demander si le fait que Liberty House a réussi à gagner l’accord d’ArcelorMittal a quelque chose à voir avec le fait que derrière le repreneur se cache un certain Sanjeev Gupta – qui aurait des accointances avec la famille Mittal. Surnommé « Man of Steel » dans un documentaire de la BBC diffusé début 2018, la trajectoire professionnelle de Gupta montre en effet des parallèles avec celle de Mittal. Notamment en ce qui concerne l’établissement d’un groupe familial (Gupta Family Group) qui chapeaute son empire, le rachat compulsif de complexes industriels et son attachement à l’Angleterre – il est un ancien de Cambridge.

La stratégie globale de Gupta – il est présent sur tous les continents – est de se créer un réseau d’industries qui se compensent afin d’achever selon lui un but noble. Ainsi, il voudrait « combiner recyclage et alimentation en énergie verte, en visant des secteurs comme l’auto ou l’aéronautique » – comme l’écrivent Les Échos dans un portrait du « baron de l’acier ».

Cela dit, le LCGB semble avoir raison de s’inquiéter sur un point, à savoir le manque de transparence de l’empire Gupta. Les Échos mettent en avant une « visibilité inexistante », tandis que le LCGB écrit que « l’origine des fonds financiers de cette société semble très obscure ». Un facteur qui pourrait compter dans l’appréciation des autorités européennes quand il s’agira d’autoriser cette reprise.

Entre-temps, le gouvernement luxembourgeois a les mains liées. Comme l’a rappelé Etienne Schneider dans une interview à la radio 100,7, l’influence de l’État dans le conseil d’administration d’ArcelorMittal est trop limitée pour imposer des conditions par la force. Néanmoins, toutes les conditions posées par le gouvernement et les syndicats – le maintien du site et des salarié-e-s – auraient été respectées. Ne connaissant apparemment pas vraiment bien le repreneur, Schneider a prévu des meetings avec ses représentant-e-s dans les jours qui viennent. Cela dit, le ministre de l’Économie ne voit aucune raison pour convoquer une tripartite, comme le LCGB le demandait – ce serait un instrument de résolution de crise et donc pas adapté à la situation comme il la voit.  Un thriller qui connaîtra encore quelques nouveaux épisodes.  


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