Archéologie
 : La bande originale des fossiles

L’idée pourrait sembler saugrenue, elle est pourtant évidente. Entre archéologie et musique, les points de rencontre sont trop nombreux pour ne pas les détailler dans une exposition. C’est le pari de « Rock Fossils », mise en scène étonnante du travail des paléontologues du monde entier, actuellement sous les voûtes de Nëimenster.

Le rock’n’roll ressemble souvent à une étude paléontologique. Entre les Rolling Stones, Bob Dylan et autres Beach Boys, nombreux sont les dinosaures à toujours écraser la scène. Ce que le public sait moins, c’est l’importance du rock pour les archéologues. Passer des heures à creuser se fait souvent en musique et les plus belles trouvailles ont une bande originale.

« Rock Fossils » n’est pas une exposition des cadavres plus ou moins frais des grands noms de la musique. Point d’Elvis Presley ou de Michael Jackson au musée, mais bien une illustration par le menu des chassés-croisés entre science et art.

L’exemple le plus connu est celui de Lucy, longtemps plus ancien fossile connu d’une ancêtre d’Homo sapiens. L’australopithèque avait été découverte en Éthiopie par le Français Yves Coppens et son équipe. « Lucy in the Sky with Diamonds », des Beatles, accompagnait le travail des chercheurs de ses notes psychédéliques. Le tube donnerait son nom à la mère de l’humanité.

D’autres ont été immortalisés, comme Mark Knopfler, chanteur du groupe Dire Straits, qui a donné son nom à Masiakasaurus knopfleri, un dinosaure de la taille d’un chien découvert sur l’île de Madagascar. Ou encore le Danois King Diamond, qui a eu l’insigne horreur de servir de nom de baptême au Kingnites diamondi, affreux ver vieux de 420 millions d’années capable de se défendre contre ses prédateurs grâce à ses mandibules perforantes. « Rock Fossils » propose ainsi de se plonger dans cet étrange mélange des genres, qui offre aux paléontologues l’occasion de rendre hommage à leurs idoles de jeunesse lorsqu’il s’agit de baptiser leurs découvertes. Les visiteurs sont portés par les notes de tubes qui ont dépassé le cadre de la musique pour devenir des noms propres.

La muséographie est du genre à dépoussiérer les codes de la paléontologie. Si les fossiles sont bien au rendez-vous, ils émergent de ces fameuses caisses que les roadies promènent de concert en concert. Des fumées sorties des coulisses plongent dans une atmosphère définitivement metal, quand ce ne sont pas les gigantesques trilobites de résines qui se promènent au milieu des salles voutées de l’abbaye de Neumünster.

L’ambiance n’est pas à la calme divagation de l’amateur curieux, mais à l’énergie rock qui surgit de toute part. Tellement étonnant que la visite s’en trouve totalement modifiée, comme s’il ne s’agissait plus d’un musée d’histoire naturelle. Même les animations autour de l’exposition, comme les concerts et autres journées découvertes, sont résolument punk. Le t-shirt sale et troué est de rigueur pour la visite donc.

Ce dimanche 15 juillet, l’étonnant docteur allemand Mark Benecke, star des biologistes criminologues, y va de son spectacle en dévoilant pour les visiteurs les secrets de la putréfaction d’un cadavre. Car avant d’être fossiles, ces organismes étaient bien vivants.

Une réussite totale dans cette volonté de vulgariser les sciences auprès du plus grand nombre pour, peut-être, faire naître de nouvelles vocations… de rockeurs ou d’archéologues chevelus.

À l’abbaye de Neumünster,
 jusqu’au 9 septembre.

Kriteschen an onofhängege Journalismus kascht Geld - och online. Ënnerstëtzt eis! Kritischer und unabhängiger Journalismus kostet Geld - auch online. Unterstützt uns! Le journalisme critique et indépendant coûte de l’argent - en ligne également. Soutenez-nous !
Tagged . Bookmark the permalink.

Comments are closed.