Art et littérature : La plume et le pinceau


Dans un espace repensé, le CNL propose jusqu’en avril 2019 l’exposition « Schrift und Bild im Dialog. Über Literatur und Bildkünste in Luxemburg ». Une immersion fascinante dans les rapports entre art et littérature au grand-duché à partir du siècle dernier.

C’est désormais une porte revêtue d’un panneau explicatif qui signale l’entrée de l’exposition du moment au Centre national de littérature. Pour le reste, pas de changements spectaculaires dans les salles du rez-de-chaussée, mais une muséographie claire avec un parcours sans ambiguïté. Jusqu’au printemps prochain, elle se met au service du dialogue entre art et littérature.

Figure emblématique de la poésie en Grande Région et bien connu au grand-duché pour sa longue collaboration avec Edmond Dune, le peintre et poète Jean Vodaine (1921-2006) se voit consacrer la première salle. On peut y admirer notamment le fac-similé d’un de ses premiers poèmes « typographiques » ; on apprend que la diversité des polices utilisées résulte non seulement de la créativité de l’auteur, mais aussi… de l’absence de certains types de caractères au moment de l’impression. Une créativité typographique que Vodaine a instaurée comme l’une des marques de fabrique de sa revue de poésie « Dire », fondée avec Dune dans les années 1960, tout en y incluant des œuvres picturales personnelles ou d’autres artistes.

Revuiste également avec « Échanges », André Simoncini est plutôt connu comme galeriste. Infatigable promoteur des arts et de la poésie, c’est la personne idéale à évoquer dans cette exposition, en somme : avec sa maison d’édition, il a publié une trentaine d’ouvrages bibliophiliques alliant poésie et arts plastiques. Côté littéraire, des pointures locales comme Edmond Dune ou Anise Koltz, des poètes francophones reconnus comme Eugène Guillevic ou Léopold Sédar Senghor, un Prix Nobel, Gao Xingjian, mais aussi des auteurs non francophones, comme Jaroslav Seifert… également lauréat du prix Nobel de littérature ! La salle consacrée au travail de Simoncini fait la part belle à cette collection prestigieuse, avec des œuvres graphiques originales, sans oublier l’activité de poète du galeriste.

Le dessinateur et caricaturiste François Didier (1931-2016) se voit évoquer pour ses nombreuses illustrations de livres luxembourgeois, notamment d’auteurs tels que Josy Braun, Pol Pütz ou Jhemp Hoscheit. On peut admirer les contours précis et le minimalisme de son trait, qui rehaussent en peu de lignes les textes illustrés. Tout comme on peut contempler les compositions abstraites et quelquefois angoissantes de Théo Kerg (1909-1993), que les commissaires d’exposition Claude Conter et Myriam Sunnen ont choisi d’aborder sous l’angle de son amitié extrêmement productive avec le poète français Pierre Garnier. C’est sous les encouragements de ce dernier que Kerg a commencé à introduire des textes dans ses toiles.

Mais l’exposition ne néglige pas non plus les écrivains à « double casquette » : on peut dans la dernière salle découvrir une sélection d’œuvres picturales de Jean Back, Georges Hausemer, Jean-Paul Jacobs et Lambert Schlechter, soit intimement liées à leurs écrits, soit témoignant d’une pratique artistique indépendante de l’activité d’auteur. Tiroirs à explorer et vidéos à regarder ajoutent une touche interactive aux vitrines lumineuses, dans une exposition où la découverte est le maître mot. Dans la maison Servais de Mersch se déploie un véritable concentré de littérature et d’art luxembourgeois, qui montre l’extrême variété des collections du CNL et sa collaboration étroite avec les collections privées. L’institution publique réussit à aller au-delà d’une trop évidente exposition de livres d’artistes pour suggérer les rapports entre arts graphiques et littérature. Un travail salutaire, à voir absolument pour celles et ceux qui se passionnent pour les arts en général et leur interaction en particulier.

Au Centre national de littérature, 
jusqu’au 3 avril 2019.

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