Art vidéo : Les bouleversements du monde, autrement

Le Casino Luxembourg a décidé de célébrer le Mois européen de la photographie à sa façon : en projetant, dans son espace BlackBox, des vidéos qui font écho au thème choisi cette année par les organisateurs de l’événement continental.

Quoi de plus logique que la BlackBox du Casino, espace réservé aux arts vidéo, décline à sa manière le Mois européen de la photographie ? En attendant la fin du mois et l’arrivée de clichés qui respectent les règles de l’art, l’endroit choisit de faire bouger des images.

Sous le même thème « Looking for the Clouds », cette sélection met en avant trois films de quatre réalisateurs qui partagent avec le visiteur leur vision du monde contemporain, de ses crises, de ses urgences.

Dans le premier, l’artiste allemand Sven Johne se remémore la tragédie du 11-Septembre. « The Long Way Home » joue sur le hors-champ, en montrant un homme, au volant de sa voiture, harcelé par une voix qui lui décrit les horreurs de l’acte fondateur du 21e siècle. L’image des avions se jetant dans les tours jumelles du World Trade Center, à New York, est tellement imprimée dans la mémoire de chacun de nous que le simple fait de l’entendre replonge dans la folie de cet instant meurtrier.

Dans le second film, le Kosovar d’origine serbe Ibro Hasanovic aborde la question des réfugiés, de leur cheminement à leur avenir incertain. « Note on Multitude » montre cet instant de doute, figé, où des réfugiés montent dans des bus et disent adieu à leurs semblables, dans l’absolue ignorance de la route qu’ils vont prendre. Poignantes, violentes et parfois épuisantes, ces longues minutes du départ prennent du sens sous l’œil du réalisateur.

Dans le dernier film de cette sélection, « Eden », le duo Anush Hamzehian et Vittorio Mortarotti témoigne de la folie des frontières, lignes imaginaires qui déchirent les peuples. Anush Hamzehian, fils d’un réfugié iranien qui a grandi en Italie et travaille aujourd’hui à Paris, n’a jamais vu le pays de ses parents, qui l’ont fui en 1979. Aidé de son compère Vittorio Mortarotti, il a décidé de retourner en Iran, ou en tout cas de s’en approcher au plus près. Les deux réalisateurs ont passé un mois sur la ligne qui sépare l’Arménie de l’Iran pour analyser la puissance claustrophobe des frontières.

L’excellent travail des curateurs de l’exposition, Paul Di Felice et Pierre Stiwer, trouve tout son sens dans cette sélection de trois films. Le premier montre le point de départ de la crise migratoire actuelle quand le second montre la violence des déplacements forcés. Le dernier tente ce retour impossible dont rêvent tant de déracinés qui n’ont plus accès à leurs origines.

Cette interprétation vidéo du thème « Looking for the Clouds » pourra être mise en parallèle avec la sélection de travaux du Mois européen de la photographie qui sera exposée à compter du 28 avril prochain au Casino. Une dizaine d’artistes européens verront à cette occasion leurs clichés présentés dans l’espace principal. Une découverte nécessaire.

« Looking for the Clouds -
Contemporary Video in Time of Conflict », jusqu’au 29 mai.

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