Catherine Gaeng : Lynchage médiatique et abus de pouvoir (Chronique de l’affaire Lunghi/RTL/Bettel)

Dans son livre délibérément subjectif, la femme de l’ancien directeur général du Mudam revient sur la campagne médiatique qui a mené à la démission de celui-ci en fustigeant les vanités provinciales du paysage culturel local.

Quand ton mec se fait carrément lyncher sur la place publique et se voit contraint de quitter son poste de rêve, certes tu as les boules. Pourtant, en faire un livre et le publier par la suite est – du moins dans les latitudes culturelles grand-ducales – pas vraiment habituel. Ce qui explique aussi pourquoi aucun éditeur luxembourgeois ne voulait se brûler les pattes avec ce livre (le ministère de la Culture soutenant toujours les éditeurs et les auteurs).

Sorti donc à compte d’auteur à 600 exemplaires, le livre a pourtant de bonnes chances de bien se vendre, ne serait-ce qu’à cause de l’amour luxembourgeois du « Beschass ». Et Catherine Gaeng n’y va pas avec le dos de la cuillère. Assumant sa proximité avec l’intéressé dès le préambule, elle livre une chronique jour pour jour du – voire des – développements de l’affaire Lunghi/RTL/Bettel et nous amène dans les coulisses de ce psychodrame qui se déroule entre le 2 juillet 2016 et le 8 mai 2017.

Si la fin de l‘ histoire est bien connue, cette remise à plat s’avère bien utile pour comprendre les structures de pouvoir défavorables dès le début à Enrico Lunghi et les dynamiques mises en branle par l’« interview » falsifiée de la pigiste Sophie Schram pour le compte de RTL. Le livre met ainsi en avant la vanité totale et l’absence de tact du ministre de la Culture Bettel, qui définitivement, même en faisant abstraction du ton souvent sarcastique employé par l’auteure, n’est plus à démontrer. Comment expliquer autrement qu’il ait interprété le non-accueil de Lunghi lors de la Nuit des musées (et après que le conseil d’administration lui eut réitéré sa confiance) comme un crime de « lèse-premier ministre » – alors que Bettel s’était promené à travers les musées en tant que personne privée ? Comment ne pas qualifier de médiocrité datant du 19e siècle la réaction du conseil d’administration et de sa princesse (pas trop propre sur elle non plus) de présidente lorsqu’ils exigent une lettre d’excuses formelles à la suite de ce non-incident ?

« Lynchage médiatique et abus de pouvoir » nous promène donc dans les coulisses d’un monde médiatico-culturel où presque tout le monde porte plusieurs chapeaux. Un univers où les intérêts s’entremêlent et où surtout les libéraux installent peu à peu leurs hommes de main pour faire du Mudam, qui, même s’il est une fondation privée, vit de l’argent public, un endroit exclusif pour des dîners de galas où les happy few se goinfrent à grand coups de deniers du contribuable.

À la lecture, on a parfois envie de rire et parfois on a envie de tout casser, la rage de Catherine Gaeng envers certains des protagonistes (surtout Sophie Schram, il ne faudrait vraiment pas que les deux se rencontrent un jour par hasard dans la rue), étant infectieuse. En ce sens, le livre est une bonne piqûre de rappel dans cette année électorale sur comment la politique culturelle de ce petit pays peut être perverse et agir contre tous les intérêts publics. Une bonne dose d’indignation en un certain sens.

Pour construire son récit, Catherine Gaeng s’est avant tout basée sur des articles de presse (aussi du woxx, de la main de votre humble serviteur) et s’il y a un regret à exprimer, c’est qu’elle cite à plusieurs reprises aussi un certain tabloïd qui à chaque parution défèque carrément sur le code de déontologie des médias, qui pourtant joue un rôle crucial dans l’affaire.

Cela dit, « Lynchage médiatique et abus de pouvoir » est un livre rare, qui va plaire aux uns et fortement déplaire à beaucoup d’autres, et qui restera sûrement dans les chroniques – voire sera un outil intéressant pour les historiens à venir qui chercheraient à comprendre les structures du pouvoir au Luxembourg du début du 21e siècle.

« Lynchage médiatique et abus de pouvoir (Chronique de l’affaire Lunghi/RTL/Bettel) » est exclusivement vendu à la librairie Alinéa.


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