Cellule de renseignement financier : une nette augmentation

Comme chaque année, la cellule de renseignement financier (CRF) publie son rapport annuel. L’année 2016 a vu les déclarations auprès de l’organisme monter de 179 pour cent – un signe que la place financière se protège.

Le blanchiment toujours tête de liste dans les déclarations auprès de la CRF. (© flickr.com)

La CRF, qui dépend du parquet économique et financier luxembourgeois, est une cellule spécialisée dans la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Sa mission est de recevoir des déclarations de soupçons de la part des professionnels de la place financière et au-delà (notaires, casinos, etc.), de les analyser et, si une infraction est retenue, de transmettre le dossier aux autorités compétentes. Elle fait partie du réseau Egmont et du groupe d’action financière (Gafi).

Jusqu’en 2016, la CRF était dirigée par la magistrate Doris Woltz. Depuis son départ pour prendre la tête des barbouzes du Srel, elle a été remplacée par le procureur David Lentz. Qui n’est pas un inconnu du grand public, puisqu’il a aussi été procureur dans l’affaire Luxleaks. À ce titre, il a plusieurs fois été la cible des médias internationaux et nationaux – qui lui reprochaient notamment son intransigeance envers les accusés et surtout contre le journaliste Édouard Perrin, qu’il a forcé à recomparaître en appel malgré un acquittement en première instance. Bref, ce n’est pas l’ennemi juré de la place financière.

La CRF chauffée par la monnaie électronique.

Toujours est-il que la CRF qu’il dirige maintenant a donc vu une nette augmentation du point de vue des déclarations. Ce qui ne veut pas dire automatiquement une augmentation des procès et des condamnations – cela indique seulement que les différents acteurs de la place financière sont devenus plus scrupuleux en ce qui concerne les soupçons qu’ils déclarent.

Dans le préambule du rapport, la CRF explique cette hausse par l’installation de plus en plus d’acteurs du commerce électronique au grand-duché, l’augmentation des coopérations internationales et l’introduction de nouvelles infractions fiscales antiblanchiment, qui faisait partie intégrante de la réforme fiscale. Une grande masse de données donc, que la CRF espère mieux gérer grâce à un plan de recrutement lancé à la fin de cette année.

En regardant les chiffres d’un peu plus près, on constate effectivement que la hausse la plus notable concerne la catégorie blanchiment de capitaux (10.956 déclarations en 2015, contre 30.640 en 2016). Les institutions déclarantes sont dans une grande majorité des établissements de monnaie électronique (donc pas uniquement le commerce en ligne, mais aussi l’industrie Fintech), ce qui explique aussi l’explosion des sommes d’argent en jeu en cas de soupçons de fraude (78.080.867,08 euros en 2015 contre 247.993.944,86 euros en 2016). Des sommes qui dépassent de loin les soupçons de flux d’argent lié au terrorisme (244.802,21 euros en 2016 – une baisse de plus de moitié par rapport à l’année précédente).

Toujours est-il que parmi ces soupçons, rares sont les cas qui connaissent une suite – donc une transmission au parquet économique et financier. 567 cas en 2015 et… 577 cas l’année dernière – et attention, ces chiffres peuvent contenir des cas antérieurs à l’année en cours. Donc, même si la volonté de mieux contrôler les flux d’argent est réelle sur le papier, l’État doit aussi se donner les moyens humains pour accomplir cette tâche.


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