Communauté capverdienne : Entre le Luxembourg et les Îles

Avec son étude sur la présence capverdienne au grand-duché, le Cefis a créé la base pour des réflexions plus poussées sur le statut d’un groupe d’immigration qui se situe entre l’Europe et l’Afrique.

Salle comble hier soir pour la présentation de l’étude « Diaspora capverdienne au Luxembourg » par le Centre d’étude et de formation interculturelles et sociales (Cefis). C’est la première fois qu’une publication offre des chiffres plus précis sur une part de la population quelque peu effacée. Il est vrai que le statut national des membres de cette communauté, qui peuvent avoir un passeport luxembourgeois, portugais, capverdien ou autre, a rendu cette tâche ardue. En prenant en compte toutes les personnes qui elles-mêmes ou dont au moins un des parents sont né-e-s au Cap-Vert, le Cefis en est venu à compter plus de 8.000 personnes, largement plus que les presque 2.500 qui possèdent la nationalité capverdienne.

« On a dit à ma petite sœur : ‘Tu es au modulaire parce que ta mère est femme de ménage’. »

Au-delà des chiffres, le Cefis s’est également appuyé sur des « focus groups » et des entretiens individuels. Il en ressort que si le Luxembourg continue à être un pays d’attirance pour les membres de la communauté, l’attachement au pays d’origine reste très fort. Et la solidarité aussi – en témoigne l’affirmation d’une femme capverdienne interviewée : « On va penser à celui qui est là-bas et n’a pas toujours de quoi manger. On va dire, si je lui envoie 100 euros, il va pouvoir manger pendant quelques jours, c’est déjà ça ! »

Mais la vie dans le pays d’accueil n’est pas toujours facile non plus. Ainsi, en matière de logement, la communauté, en général plus jeune et moins aisée que la moyenne luxembourgeoise, est fortement concernée par les prix élevés, et les témoignages de propriétaires aux stéréotypes racistes ne manquent pas dans l’étude. De plus, elle rend compte d’une discrimination institutionnelle, surtout en matière d’enseignement, qui a également été relevée par plusieurs personnes présentes lors de la soirée. Si le système scolaire en soi est déjà vécu comme défavorisant les personnes d’origine capverdienne, multilingues sans toujours connaître l’allemand, on a l’impression que les enfants capverdiens sont systématiquement orientés vers l’enseignement modulaire et ainsi déclassés dès le début. L’étude cite par exemple un homme capverdien : « On a dit à ma petite sœur : ‘Tu es au modulaire parce que ta mère est femme de ménage’. Dire ça à un enfant, ça fait mal quand ça vient des enseignants. » Chez les adultes, les diplômes obtenus au Cap Vert ne sont parfois pas reconnus au Luxembourg, ce qui fait que certaines personnes travaillent dans des professions sous-qualifiées.

La volonté des membres de la communauté à vouloir changer cet état de choses semble cependant forte. Comme l’a formulé une personne présente lors de la présentation : « On veut avoir un impact, on veut changer la réalité. »

Jacobs, Annick / Manço Altay / Mertz, Frédéric : ‘Diaspora capverienne’ au Luxembourg : panorama socio-économique, rôles dans les mouvements migratoires et solidarité avec le pays d’origine (RED ; 21), Luxembourg 2017. http://www.cefis.lu/resources/RED-21-CapMobiLux-CEFIS.pdf

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