Corée du Nord et armes nucléaires : Utile, la bombe ?

Éviter une guerre nucléaire, cela fait consensus. Mais comment y arriver, en Asie de l’Est aujourd’hui, et partout ailleurs après ?

Y aura-t-il escalade guerrière en Asie de l’Est ? Aux dernières nouvelles, ce serait la Russie qui bloquerait une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant les essais de missiles nord-coréens. Moscou se plaindrait d’une modificatin du texte, mais il s’agit surtout d’affirmer une fois de plus son statut de puissance incontournable face aux brusqueries des États-Unis. Quant à la Chine, elle aurait cette fois-ci approuvé la résolution. D’un côté, l’empire du Milieu cherche à faire pression sur un allié hors de contrôle. De l’autre, il redoute l’effondrement d’un régime et une réunification coréenne qui permettrait aux États-Unis d’avancer leurs pions sur l’échiquier géostratégique.

Entre-temps, aux États-Unis, le nouveau président Donald Trump essaye de maintenir sa popularité à travers une politique extérieure agressive. Quant aux états d’âme de Kim Jong-un, on en reste aux hypothèses. Mais de nombreux experts s’inquiètent de la possibilité d’une guerre nucléaire, car la situation tendue entre Washington et Pyongyang pourrait déraper au moindre malentendu.

Décidément, les relations entre armes nucléaires et paix mondiale sont moins simples que ce qu’on nous expliquait à la fin de la guerre froide. À savoir que l’équilibre de la terreur entre puissances nucléaires suffisait pour assurer une paix éternelle. Peu d’experts proposent en effet de fournir des bombes atomiques à la Corée du Nord, au Japon, au Vietnam, aux Philippines, à Brunei et à la Malaisie afin d’améliorer les relations diplomatiques en Asie de l’Est. Quant à l’équilibre de la terreur en place depuis les années 1990 entre l’Inde et le Pakistan, il n’a pas empêché les deux pays de se trouver au bord de la guerre à plusieurs reprises.

Paix fourrée

Pour éviter une guerre nucléaire, l’approche la plus communément admise aujourd’hui passe par la non-prolifération : empêcher ceux qui ne l’ont pas déjà d’accéder à « la bombe ». Or, au-delà de l’iniquité inhérente à cette approche, elle a aussi un effet pervers : des régimes qui se sentent menacés par des voisins puissants sont ainsi encouragés à se procurer l’arme nucléaire au plus vite, et secrètement. C’est la leçon des interventions occidentales en Irak, en Lybie et désormais en Syrie, et accessoirement de l’intervention russe en Ukraine. En renonçant à leurs programmes nucléaires, les régimes en place se sont rendus vulnérables, alors que le monde continue de prendre des gants avec la dictature nord-coréenne.

(Photo : www.icanw.org)

Or, pendant que se développait la crise nord-coréenne, fin mars, se déroulait à l’ONU à New York le premier round des négociations sur un traité bannissant les armes nucléaires. 123 États travaillent à interdire notamment l’usage de ces armes, comme cela a été fait pour les armes chimiques et biologiques, les mines antipersonnel et les sous-munitions. Hélas, les grandes puissances et les pays de l’OTAN – à l’exception notable des Pays-Bas – ont décidé de boycotter ces négociations.

L’initiative est la réponse aux échecs des tentatives d’avancer dans cette direction au sein des conférences de révision du Traité sur la non-prolifération. Et comme lors de ces tentatives, le Luxembourg se retrouve du côté des « bad guys », notamment l’ensemble des puissances nucléaires confirmées. La solidarité avec le régime de Trump semble peser plus lourd que le désir de contribuer à la paix sur Terre.


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