Dieter Berner
 : Un expressionnisme 
peu expressif


« Egon Schiele – Tod und Mädchen » s’attache à décrire en partie la vie tourmentée du peintre autrichien, mais reste bien lisse dans son évocation d’un artiste provocateur à la personnalité complexe.

Egon Schiele (Noah Saavedra) et Wally Neuzil (Valerie Pachner) dans la reconstitution du tableau « Tod und Mädchen ». (Photo : Amour fou)

La maison de production Amour fou, créée au Luxembourg en 1995 et en 2001 à Vienne, a sorti récemment des films ambitieux sur le plan esthétique. Dans « Amour fou » (2014), justement, inspiré librement par le suicide du poète Heinrich von Kleist, les longues séquences quasi contemplatives invitaient à la mélancolie. Dans « Casanova Variations » (2014), la mise en abîme de l’acteur John Malkovich et de son personnage sur des airs de Mozart était une véritable idée de mise en scène. Si les résultats avaient pu en décevoir certains, il n’en reste pas moins que les choix artistiques étaient respectables et sans compromis. La dernière production d’Amour fou est donc d’autant plus décevante que l’expressionnisme en peinture est une esthétique à part entière et méritait probablement un traitement plus abouti.

Prenant pour assise les derniers jours du peintre autrichien, mort en 1918 à 28 ans de la grippe espagnole peu après son épouse Edith, « Egon Schiele – Tod und Mädchen » procède par flash-back. Schiele utilise tout d’abord sa sœur comme modèle nu, avant de connaître un certain succès grâce à un galeriste fortuné et de mener une vie de bohème, un tant soit peu interrompue par sa liaison stable avec Wally Neuzil que lui a présentée Gustav Klimt. C’est manifestement sur ce couple que le réalisateur Dieter Berner a voulu concentrer le film. Un couple à la fois uni et souple, dont la séparation ne sera scellée qu’avec le mariage du peintre avec la bourgeoise Edith Harms. La rencontre des deux amants fonctionne plutôt bien, lorsque s’installe un jeu de séduction où l’espièglerie de la comédienne Valerie Pachner fait mouche et presque oublier la prestation un brin transparente de Noah Saavedra en Schiele.

Car, franchement, on a beaucoup de mal à voir dans cet acteur toujours impeccablement maniéré la folie créatrice d’un peintre qui dessinait tout de même des jeunes filles à peine nubiles dans des poses osées. Certes, les biographes s’accordent sur le fait que le bref séjour en prison de l’artiste l’a rendu moins exubérant – mais le jeu de Saavedra reste contrôlé tout au long du film, quelle que soit l’époque évoquée. Et puis, comme précédemment écrit, il manque à l’ensemble un choix esthétique fort, ce qu’on serait en droit d’attendre pour un tel sujet. Dieter Berner, réalisateur de télévision à la carrière déjà bien remplie, n’était peut-être pas le candidat idéal pour sublimer Schiele. Les plans sont honnêtes, droits, bien montés ; le tout est ficelé impeccablement, mais tellement formaté qu’on n’y voit qu’une biographie filmée plutôt pédagogique, sans identité cinématographique forte. Autre déception : la peinture de Schiele n’est évoquée que brièvement et présentée avec seulement quelques dessins. Exception notable, la belle reconstitution à l’écran du tableau « Tod und Mädchen », où le peintre et sa muse Wally sont enlacés et qui parvient à susciter l’émotion lors de l’exposition de la toile, couplée à la mort au front de la jeune femme.

Si le film n’est pas, dans le genre biographie d’artiste, la catastrophe du récent « Cézanne et moi », il ne parvient pas non plus à dépasser les codes du biopic académique – un comble, sachant qu’Egon Schiele a quitté presque immédiatement les Beaux-Arts de Vienne malgré une dérogation pour y entrer très jeune. Au vu des dernières sorties de la maison de production, on espérait un peu mieux pour faire encore briller l’étoile du cinéma luxembourgeois au firmament de la cinéphilie mondiale. Ce sera pour la prochaine fois.

À l’Utopia. Tous les horaires sur le site.

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