Bryan Singer : Drama Queen

« Bohemian Rhapsody », le film tant attendu sur la carrière du groupe Queen et surtout de son chanteur et compositeur Freddie Mercury, peut convaincre avec des acteurs qui se dépassent – malheureusement la réalisation ne suit pas.

Quand les jeunes Queen partaient à la conquête du monde…

Si le feuilleton français, avant tout les Inrocks, déchire un film, tandis que les collègues allemand-e-s le louent, cela veut dire que Bohemian Rhapsody le film, ressemble à Bohemian Rhapsody la chanson : on peut l’aimer ou la détester, mais elle ne laisse personne indifférent. Toutefois, la priorité des producteurs, du metteur en scène et des membres restants du groupe semble avoir été de produire un film à regarder en famille – et qui évite les aspects plus sordides de la biographie du groupe et surtout de son chanteur.

« Bohemian Rhapsody » commence par la mutation du jeune Farrok Bulsara en Freddie Mercury, du timide étudiant à la dentition extraordinaire au monstre de scène flamboyant capable de dominer les publics les plus nombreux de la planète. Dans une Angleterre post-Sixties qui n’a pas encore vu l’avènement du nihilisme punk, c’est le moment où le rock se réinvente sans cesse et avec lui les musiciens. Les extravagances en matière de costume de scène ne disent pas grand-chose sur une éventuelle orientation sexuelle et le degré d’ouverture aux idées nouvelles semble résolument dépasser celui de notre époque.

Pas étonnant donc que Queen, qui aime l’exubérance et l’expérimentation, ait pu devenir un des plus grands groupes de rock de la planète en quelques années. Leur désir d’universalité dans la musique est contrecarré par le caractère unique de Mercury, difficilement imitable. Au sommet de la gloire, il y a bien sûr de gros problèmes à régler. L’homosexualité difficilement assumée de Mercury, les drogues, les différends entre les membres du groupe mènent le projet assez souvent au bord de l’implosion.

Mais si « Bohemian Rhapsody » ne peut pas passer à côté de Mercury, il est aussi un film sur le groupe Queen et ses dynamiques internes. Il ne faut pas oublier que les contributions du guitariste Brian May, du bassiste John Deacon et du batteur Roger Taylor sont essentielles pour le succès du groupe. En effet, tous les membres sont compositeurs et certaines de leurs chansons sont devenues des succès inoubliables – comme la célèbre ligne de basse de « Another One Bites the Dust », composée par John Deacon. Cette famille composée de bric et de broc a aussi été essentielle dans la vie de Mercury quand celui-ci s’était quelque peu égaré au début des années 1980 en essayant de monter sa carrière solo. Ce n’est pas un hasard si le film s’arrête sur le fameux concert « Live Aid » au stade de Wembley en 1985, puisque cette performance a aussi marqué le retour de Queen en tant que groupe sur la scène.

(outnow.ch)

Si la gestation du film a été difficile et que plusieurs projets de réalisation n’ont jamais vu le jour (au début Sacha Baron Cohen devait prendre le rôle principal), le produit final vit principalement par ses acteurs et avant tout Rami Malek dans le rôle de Mercury. Il ne joue pas le célèbre chanteur, mais il le devient carrément, au point où on aura des difficultés à le distinguer de l’original. Malheureusement, ce dépassement de soi n’est pas honoré par la mise en scène trop frileuse et trop correcte de Bryan Singer qui tire le film plutôt vers le bas. Bref, si Freddie vous manque, allez le voir, sinon, vous pourrez passer à côté.

Aux Kinepolis Belval et Kirchberg.

L’évaluation du woxx : X


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