Élection présidentielle : Ni patrie ni patron

Alors, gerber avant ou après avoir glissé un vote Macron dans l’urne ? Le malaise des Insoumis laisse aussi entrevoir le désespoir créé par une démocratie aux abois, trop docile face à la finance.

(Photo : Wikimedia)

De Yannis Varoufakis à Wolfgang Schäuble en passant par Nicolas Sarkozy et Daniel Cohn-Bendit – question soutien, Emmanuel Macron ratisse très large. Comment expliquer alors que les électeurs de Mélenchon n’arrivent pas tous (36 pour cent de vote blanc, 29,05 pour cent pour l’abstention et 34,83 pour cent pour Macron selon la consultation interne du mouvement de Mélenchon – à noter que l’option Le Pen n’existait pas) à se persuader que leur devoir citoyen, c’est de faire barrage au postfascisme incarné par l’héritière de Saint-Cloud ?

Une des raisons en est peut-être que Macron les a snobés avant le premier tour et continue de le faire pendant l’entre-deux tours. En effet, il aurait à plusieurs reprises pu faire des avances à la France insoumise de Mélenchon. D’ailleurs, celui-ci lui a déjà tendu la perche – en lui proposant même de devenir son premier ministre dans le cas d’une cohabitation après les élections législatives. Mais rien à faire : Emmanuel Macron est resté de marbre et n’a pas cautionné les revendications de ce mouvement de masse qui a enterré son ancien parti en faisant presque quatre fois le score du PS. Mais il ne doit pas oublier que si on additionnait les scores de Mélenchon et de Hamon, il ne serait pas au second tour. La France est et reste un pays avec une gauche forte.

Snober les Insoumis : une faute stratégique grave

Une occasion ratée donc, qui risque de le plomber lors de l’élection du nouveau parlement français, la prochaine arène électorale dans laquelle les Insoumis s’engageront fortement.

Et puis il y a bien sûr le programme de Macron, qui incarne tout ce que le mouvement de Mélenchon a combattu pendant la campagne. Attaques contre les chômeurs, libéralisation à outrance, bouleversement du paysage syndical ou encore mise en question des acquis sociaux : tout est dans le programme du candidat qui se dit ni de droite ni de gauche – mais qui en fait la synthèse la plus large, donc une continuation de la purge néolibérale. Alors qu’il aurait eu la possibilité, vu le vague qui règne dans son programme, de laisser de la place à certaines revendications de gauche. Même chose pour l’écologie : alors que les Insoumis misaient sur une transition verte et une sortie du nucléaire, il est fort peu probable qu’Emmanuel Macron ait l’appétit de se frotter au lobby nucléaire français, qui traditionnellement domine la sphère politique. Voir son projet ainsi mis aux poubelles de l’histoire est frustrant, d’autant plus qu’une présidence Macron laisse déjà présager un style à coups d’ordonnances, des recours au 49.3 pour contourner le débat parlementaire, des mouvements sociaux et des grèves. Bref, ça ne sent pas bon – et Marine Le Pen a illustré plus d’une fois qu’elle sait exploiter la grogne sociale.

(Photo : Wikimedia Commons)

Que les quelques pontes socialistes qui restent aient attaqué aussi violemment Jean-Luc Mélenchon pour son silence après le premier tour en dit long aussi sur l’amertume qu’a laissée leur défaite cuisante. La haine que se vouent les familles de gauche a sûrement aussi joué dans la fatigue citoyenne des Insoumis.

Finalement, il reste les quelque 20 pour cent d’électeurs de Mélenchon qui vont voter – selon les sondages – Le Pen au second tour. Pour la majorité, c’est l’occasion d’enfoncer encore plus Mélenchon et son prétendu « extrémisme », alors qu’on devrait plutôt respecter l’exploit des Insoumis d’avoir su rôder dans les terres du FN sans jouer sur la surenchère raciste comme le fait la droite « traditionnelle ».

À cet égard, il est compréhensible que les mélenchonistes ne votent pas Macron de gaieté de cœur, car le système que celui incarne ne promet pas la stabilité à laquelle pouvait encore prétendre Chirac en 2002, mais plutôt une continuation de la descente aux enfers, avec à l’horizon une possible victoire finale du FN en 2022. Avec ça en tête, un glissement de la France vers le fascisme grâce aux abstentionnistes reste toujours impardonnable, mais compréhensible.


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