Élections communales : Baromètre démocratique

Chaque élection comporte son lot de couacs et de dérapages. Les communales d’octobre ne sont pas à l’abri desdits dérapages – ce qui en dit long sur notre culture démocratique.

(© CDandLP)

Le couac le plus grave et le plus remarqué sur la route vers les communales est sûrement l’exclusion du KPL et des Pirates des tables rondes électorales organisées par la radio socio-culturelle 100,7 et RTL. Confirmée jeudi après-midi par un communiqué officiel du Service information et presse (SIP) du gouvernement, cette mise au ban de deux partis ayant une vision nationale – contrairement à d’autres petits partis qui ne se présentent que pour défendre des intérêts relatifs à leur commune – a fait couler beaucoup d’encre. La cause de cette décision prise par le SIP ? Une nouvelle règle qui ne donne l’accès qu’aux partis présentant des listes complètes dans assez de communes pour arriver à une représentativité d’un quart de la population. Pour les élections communales de 2011, une règle additionnelle voulait que le nombre d’habitants soit divisé par le nombre de candidats présentés au niveau national pour calculer la représentativité. Celle-ci a donc été abolie. Et même si le SIP a informé tous les partis de ces nouvelles règles, le KPL et les Pirates ont été mis devant le fait accompli. Certes, les règles sont là pour être respectées ; toujours est-il que ce choix laisse un goût amer.

Et en parlant d’amertume : l’ADR de la capitale s’est retrouvé aussi dans un tourbillon médiatique à cause d’une de ses candidates. Christiane Kies – qui en 2011 était sur la liste Déi Lénk – était déjà connue avant sa nomination pour des publications douteuses sur les réseaux sociaux. Incitations à la haine contre les musulmans, mystifications chrétiennes, visions d’apocalypse – les posts de la candidate laissent aussi bien entrevoir son racisme que douter de sa santé mentale. Si on peut certes critiquer certains médias qui ont tiré sur cette ambulance avec empressement, le vrai blâme devrait aller à l’ADR, qui ne se soucie pas trop de qui il met sur ses listes. Entre-temps, Christiane Kies et le parti se sont séparés – mais vu qu’il est trop tard pour la retirer de la liste, elle y reste en tant que « candidate indépendante ».

Bourrasque plutôt que tempête.

Toujours dans la capitale, la tête de liste du CSV Serge Wilmes en a aussi pris pour son grade : une affiche le montrant derrière un graffiti sur un des murs de l’abattoir de Hollerich a déclenché l’ire de l’artiste, qui a engagé un avocat pour se défendre face aux conservateurs. Un litige difficile, car sans précédent dans la jurisprudence luxembourgeoise. Mais peut-être que ce conflit aura ça de bon : régler la question du droit d’auteur dans l’espace public. Et à propos de public : un débat organisé par le magazine Paperjam avec quatre candidats seulement (DP, Verts, LSAP et CSV) a aussi fait le buzz dans les réseaux sociaux. Non pas parce que le magazine aurait omis de faire appel aux petits partis, mais parce que la participation coûtait 250 euros – sauf si vous étiez résident de Luxembourg-ville ou membre du très select club de la maison-mère de la publication. Une vraie contribution à la démocratie donc.

Finalement, un autre conflit a éclaté dans la commune de Rambrouch. Là, ce sont le CSV et le LSAP qui s’opposent à couteaux tirés. La raison en est la radiation de la liste des socialistes de la candidate Laurence Depienne. Selon le bourgmestre CSV Antoine Rodesch, cette dernière n’aurait pas le droit de figurer sur la liste parce qu’elle n’habiterait pas la commune, mais Arlon en Belgique. Sauf que l’édile conservateur n’y est pas allé de façon délicate et a retiré la candidate sans avertir ni elle ni son parti, et sans lui donner une chance de s’expliquer. Le LSAP a entre-temps déposé une plainte.

Ainsi, prises dans leur ensemble, ces élections montrent bel et bien que la culture démocratique luxembourgeoise n’est pas à l’abri de dysfonctionnements – le baromètre n’indique pas vraiment une tempête dévastatrice, mais une légère bourrasque qui devrait faire réfléchir.


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