Élections législatives au Portugal : La gauche divisée

Elles étaient en théorie les élections les plus simples de l’histoire démocratique récente du Portugal pour vaincre le gouvernement sortant. Pourtant les Portugais en ont décidé autrement.

1340telexx_portugalAprès quatre années de dure austérité et de forte émigration, le premier ministre portugais, Pedro Passos Coelho, sort vainqueur des législatives du 5 octobre dernier en captant 38,55 pour cent des votes (104 sièges au parlement sur un total de 230). À la tête de l’alliance « Portugal en avant » (libéraux du PSD et conservateurs du CDS), Passos Coelho s’est vu toutefois retirer la majorité absolue, en perdant 730.000 votes et 22 sièges par rapport aux élections de 2011.

Le grand perdant est le Parti socialiste portugais (32,38 pour cent), même s’il passe de 74 à 85 sièges. Beaucoup considèrent que ce fut la pire campagne de l’histoire du PS. Son candidat Antonio Costa, vu comme un rassembleur, n’a jamais réussi à faire passer un message clair, séduisant tantôt l’électorat du centre tantôt celui de gauche.

Le grand gagnant se trouve à la gauche non communiste du PS : le BE – Bloc de gauche (félicité par Déi Lénk) – est passé de 5,2 pour cent et 8 députés en 2011 à 10,2 pour cent et 19 députés. La candidate Catarina Martins a su captiver un électorat même en dehors des zones urbaines, en misant sur une campagne de proximité avec les gens.

Vers de nouvelles élections?

Les résultats officiels indiquent une gauche portugaise majoritaire. Si l’on combine les voix et les sièges réservés à toute la gauche confondue, cet ensemble obtient 52,3 pour cent des voix et 122 députés sur un total de 230.

Le bal des négociations postélectorales peut ainsi commencer. Les communistes du PCP, qui ont toujours considéré le PS au même titre que les partis de droite, se disent prêt à négocier.. Du côté du Bloc de gauche, la porte-parole, Catarina Martins, a manifesté au leader socialiste, Antonio Costa, sa disponibilité pour une solution de gouvernement dès lors que certaines « lignes rouges » telles que les salaires et les pensions sont respectées. Le Bloc de gauche prône également la renégociation de la dette du pays et insiste sur l’arrêt des réductions de moyens accordés à la Sécurité sociale.

La balle est donc dans le camp des des socialistes, même si ces derniers la renvoient du côté de la coalition gagnante pour une solution gouvernementale. Après la défaite, Antonio Costa a lui aussi tracé ses lignes rouges en réponse au PC et au BE. Il se dit opposé à la formation de « majorités négatives » créatrices d’obstacles à « gérer des alternatives crédibles de gouvernement ». Pourtant, le PS ne fera aucune marche arrière en ce qui concerne les compromis européens du Portugal (le remboursement de la dette et la continuité de l’euro). Cette semaine, le candidat perdant des socialistes a réitéré que la responsabilité de créer les conditions gouvernementales incombe à l’alliance PSD/CDS, tout en considérant indispensable la clarification des positions du PCP et du BE sur l’existence de conditions en vue de la formation d’un nouveau gouvernement majoritaire.

Pour l’heure, une première réunion s’est tenue entre le Parti communiste et Antonio Costa mercredi. L’objectif premier des communistes est celui d’éviter à tout prix la continuation de la coalition centre droit au pouvoir. Toutefois, cette rencontre s’est limitée à analyser les résultats électoraux et à manifester la disponibilité du PC de rendre viable un gouvernement PS, sans rentrer dans les détails. Le même jour, le Bloc de Gauche a planifié une réunion avec les socialistes lundi prochain.

Pour clore cette ronde de « rencarts », une rencontre a été accordée pour aujourd’hui entre le premier-ministre Pedro Passos Coelho et Antonio Costa. En début de semaine, Passos Coelho avait affirmé sa volonté de faire un accord avec le PS pour les prochaines quatre années, sans spécifier si cela passerait par une alliance gouvernementale ou par des accords parlementaires.»

Un scénario qui se dessine est celui de nouvelles élections. Celles-ci auraient lieu au mois d’avril de l’année prochaine, juste après les élections présidentielles qui se tiendront en janvier. D’ici là, la Constitution portugaise empêche le président de la République de dissoudre le parlement. Les politiques d’austérité pourront ainsi continuer en toute normalité.


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