Électricité verte (1/3) : plus vert que moi…

Greenpeace et le Mouvement écologique viennent d’actualiser leurs recommandations en matière de contrat de fourniture d’électricité. Quelques changements sont à signaler par rapport à 2016. (UPDATE sur l’actionnariat d’Enovos en fin d’article.)

Acheter de l’électricité verte, c’est bien. Mais que faut-il entendre par vert ? Juste sans émissions de CO2, comme le réclame pour elle l’industrie nucléaire ? Obtenue à partir d’anciennes centrales hydroélectriques en Scandinavie ? Ou d’éoliennes toutes neuves sur les hauteurs de l’Oesling ? Afin de clarifier les choses, Greenpeace et le Mouvement écologique se penchent depuis des années sur les offres d’électricité au Luxembourg.

Sudstroum, Electris, Enovos et Eida – tous vainqueurs !

« Souscrivez à une offre d’électricité verte digne de ce nom ! », c’est ce que les ONG demandent dans leur communiqué de presse du 14 février. Les produits recommandés sont : « green » (Eida), « nova  naturstroum » (Enovos, LEO, NordEnergie, Steinergy), « SwitchBLUE » (Electris), « Terra Invest » (Sudstroum). Chaque fournisseur s’adressant au marché des ménages propose donc un tarif d’électricité satisfaisant aux critères écologiques des ONG. Celles-ci mettent toutefois en garde : « Toutes les autres offres en électricité de ces mêmes fournisseurs – aux noms parfois très semblables – ne satisfont pas ou seulement en partie aux critères minima. »

Les ONG ont d’ailleurs complété et précisé ces critères « concernant les rapports de participation des fournisseurs aux centrales nucléaires et à charbon » ainsi qu’au sujet du courant issu de la biomasse. À y regarder plus près, actuellement, sur des critères importants, les fournisseurs n’ont pas beaucoup de mal à remplir les exigences.

Dehors le charbon et le nucléaire !

Ainsi la structure d’âge des installations de production est nettement plus jeune que ne l’exigent les ONG pour assurer la mise en place d’installations nouvelles. Et la plus forte implication avec des centrales nucléaires et à charbon se trouve probablement chez Enovos, dont le capital est détenu à 4,7 pour cent par Engie – pour être exclu par les ONG, ce pourcentage devrait monter au-dessus de 50. Des exigences plus précises donc, mais pas forcément très strictes. (UPDATE sur l’actionnariat d’Enovos en fin d’article.)

À part cela, rien n’a changé par rapport à 2016, quand Greenpeace et le Mouvement écologique avaient sélectionné les quatre mêmes produits (voir Ökostrom-Angebote in Luxemburg: Whole lotta green?). Ah, si, celui d’Eida s’appelait à l’époque « EKOenergy ». La démarche du fournisseur, que le woxx avait à l’époque critiquée pour mettre plus l’accent sur l’aspect « bon marché » que sur l’aspect « écologie », semble également avoir changé : « Choisissez le fournisseur d’énergie le plus écologique ! » lit-on sur la page d’entrée du site Eida.

Verdir l’électricité, c’est compliqué.

Autre petit détail : l’étiquetage 2015 d’Enovos assurait que le « mix du fournisseur pour le Luxembourg » ne contenait pas d’énergie nucléaire. En fait, les fournisseurs doivent indiquer leur mix total, qui pour Enovos comprend des opérations en France et en Belgique. La société affirmait que les 10,1 pour cent de nucléaire y apparaissant correspondaient à des ventes à l’étranger. Or, sur la version 2016 de l’étiquetage, cette mention n’apparaît plus, et Enovos ne semble plus communiquer sur cet aspect.

Rappelons que suite à la catastrophe de Fukushima, Enovos avait progressivement verdi son offre d’électricité et ne propose désormais aux ménages rien d’autre que de l’électricité verte (Fix naturstroum, naturstroum ou nova naturstroum). Mais comme la société a aussi des PME et des industriels comme clients, elle a plus de mal que d’autres à s’affirmer 100 pour cent verte. Par exemple LEO, pourtant succursale d’Enovos (et successeure du service d’électricité de la ville de Luxembourg), n’a aucune difficulté à se vanter que « depuis 2011, tous nos clients sont alimentés en électricité 100 % renouvelable ».

Dans un deuxième article online (sur trois de prévus), nous analysons plus en détail la démarche des ONG dans le contexte des débats politiques en cours.

UPDATE du 23 février sur l’actionnariat d’Enovos :

La poste luxembourgeoise va reprendre les actions d’Enovos détenues par Engie (Paperjam). Plus précisément, il s’agit de l’actionnariat d’Encevo, nouveau nom de la société mère de Creos (qui gère le réseau) et d’Enovos (qui vend l’électricité). Ainsi, le dernier actionnaire industriel a tourné le dos à l’entreprise luxembourgeoise, contrôlée désormais par des acteurs publics et semi-publics, ainsi que l’investisseur institutionnel Ardian.


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