Émeute à Schrassig : Surpopulation chronique

Une émeute a éclaté à la prison de Schrassig lundi soir. Le dernier incident d’une liste de plus en plus longue. En cause notamment : la surpopulation carcérale.

(Photo : Wikimedia)

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« Mettre l’ambiance. » Selon le directeur de la prison de Schrassig, Vincent Theis, cela aurait été le but recherché par une poignée d’émeutiers. Lundi soir, aux alentours de 21h30, alors que les détenus sont censés regagner leurs cellules, tous ne suivent pas les ordres.

Au sein d’une unité du bloc « Alpha », connu pour être un bloc plutôt calme en général – beaucoup de personnes avec des problèmes d’addiction y sont détenues, ainsi que les « longues peines » -, 19 prisonniers refusent de retourner en cellule. Les entrées à l’unité sont barricadées, des draps incendiés. « Nous savions que les négociations n’allaient mener à rien », dira Vincent Theis lors d’une conférence de presse le lendemain. « Ces personnes ne voulaient pas discuter avec nous. »

Il fait donc appel à la police, qui dépêche une unité spéciale sur place. Lorsque les policiers procèdent à une sommation avant l’usage de la force, la majorité des détenus rejoignent leurs cellules. Quand l’unité spéciale prend d’assaut le bloc, il ne reste que trois émeutiers qui lui font face. À 2h30, l’intervention est terminée.

Serge Legil, contrôleur externe des lieux privatifs de liberté – subordonné au bureau de l’Ombudsman -, sur place lors de l’assaut, parle d’une intervention « exemplaire », tant de la part de la police que des pompiers et du personnel de la prison. « La réponse apportée était proportionnée et aucune violation des droits de l’homme n’est à constater. »

Les motivations des émeutiers restent floues. Si certains détenus auraient été sous l’influence de l’alcool lors des faits, « aucune revendication ne nous a été adressée », explique le directeur de prison. « En général, lorsqu’il y a des incidents, c’est que des détenus ont des doléances ou des revendications. Pas cette fois. » Des incidents, il y en a eu plusieurs ces derniers mois. S’ils sont généralement plus fréquents en été – en cause, notamment, la chaleur à l’intérieur des cellules, mais aussi la baisse du nombre de visites -, cette année, on peut parler d’un véritable « été chaud », selon Vincent Theis. Il y a une dizaine de jours, le personnel de la prison aurait par exemple eu affaire à une sorte de « sit-in » dans la cour.

La solution en 2022 ?

Pour Theis comme pour le ministre de la Justice Félix Braz, la surpopulation à Schrassig est en cause. « La surpopulation est un problème sérieux », dit le premier. « Schrassig a atteint ses limites, pas seulement en ce qui concerne le nombre de détenus, mais aussi du point de vue de la vie à l’intérieur », détaille le second. Une situation qui ne pourra changer définitivement qu’en 2022, quand le centre pénitentiaire « Ueschterhaff » ouvrira ses portes. Les personnes en attente d’un procès – qui constituent actuellement à peu près la moitié des détenus – y seront transférées, libérant ainsi de la place à Schrassig.

Änder Thomé, ancien coresponsable de l’association « Info-Prison », n’y voit pas la solution à tous les problèmes. « La détention préventive doit être considérée comme un recours ultime, comme un fait exceptionnel. Pourtant, en construisant une prison spéciale pour la détention avant jugement, la tentation sera grande de ne pas la considérer comme telle. » La surpopulation carcérale est, pour lui, le résultat de la politique du tout-répressif – surtout à l’égard de la drogue – menée pendant des années par le CSV.

Félix Braz, de son côté, mise sur une réforme de l’exécution des peines qui sera présentée sous peu. « Le système pénitentiaire du Luxembourg changera fondamentalement », dit-il, confiant. « Braz doit arranger en cinq ans ce que le CSV a loupé pendant des décennies », opine Thomé.


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