En direct de Montreuil : La véritable COP21

Pour la mi-temps de la conférence de Paris, la société civile s’est célébrée elle-même lors du Village mondial des alternatives installé à Montreuil.

Photos : Raymond Klein

Photos : Raymond Klein

Terminus Mairie de Montreuil, sortie place Jean-Jaurès. L’escalier débouche en plein milieu de la fête. À gauche, grande tente brasserie, à côté on entend de la musique live. À droite, une sorte d’arbre en bois blanc avec des rubans multicolores. Ce sont des « climate ribbons », des bandes de tissu sur lesquelles on inscrit quelque chose de précieux, qu’on ne voudrait vraiment pas perdre à cause du changement climatique. Partout autour, la foule, jeunes et vieux, locaux et visiteurs, militants et curieux. C’est le Village mondial des alternatives, où se présente pendant deux jours tout ce qui bouge du côté de la société civile. Il est calqué sur le modèle des villages Alternatiba (voir woxx 1330), mais en surdimensionné à l’occasion de la COP21.

Au centre de Montreuil, ville de la banlieue proche de Paris, les alternatives s’incrustent. À côté du MacDo, il y a des stands d’une coopérative énergétique et de la Nef, une coopérative financière qui prendra bientôt le statut de banque alternative. Au pied des tours des années 1970 s’élève une sculpture en polystyrène, sans doute pour dénoncer les déchets d’emballages. Dans un pavillon au centre de la place, la municipalité elle-même expose ses solutions pour le climat : récupération des déchets, protection de l’eau, un vélo et une trottinette suspendus au plafond. À côté, des groupes plus militants luttent contre des projets immobiliers destructeurs ; plus loin, l’incontournable stand de la « zone à défendre » de Notre-Dame-des-Landes. Mais aussi des projets positifs, tel celui de transformer le fossé du château de la Madeleine, près de Paris, en bassin d’une centrale hydroélectrique de pompage. Cela permet de stocker l’électricité renouvelable en surplus. L’auteur du projet a même apporté une maquette sur laquelle, quand on fait s’écouler l’eau, les lumières des maisonnettes s’allument.

Alternatiba du terroir

Incontournable aussi, le marché paysan, où l’on peut notamment déguster ou acheter vins et fromages. Partout flottent les drapeaux jaunes de la Confédération paysanne. La France des régions est bien représentée. « Confédération paysanne d’Alsace » lit-on sur un panneau, « Alternatiba Abers » sur un autre – le Pays des Abers est une communauté de communes en Bretagne. Après avoir tiré fierté des milliers de fromages locaux, la France peut désormais compter sur cette myriade d’initiatives « du terroir » pour bien enraciner la lutte contre le changement climatique.

Ce n’est pas tout. Au bout de la rue Franklin, en traversant un petit parc puis en remontant la rue Pépin, on arrive au gigantesque lycée Jean-Jaurès. Là-bas se déroule l’essentiel du Sommet citoyen pour le climat, avec plus de 300 manifestations. Cela va de « Réussir la transition énergétique » par l’association Négawatt au « Pouvoir de l’agriculture écologique régénératrice pour refroidir la planète et nourrir le monde » par Regeneration International. Les salles de classe étant assez petites, pour écouter certaines conférences, des gens restent debout à l’entrée.

Petit à petit, la France contestataire s’ouvre à l’étranger. Certes, sur le stand de la transition, à la question « De quel futur avons-nous besoin ? », les post-it réponses sont tous en français – alors que le mouvement est né outre-Manche, et que de nombreux anglophones sillonnent le Village. Mais l’engouement pour des intellectuels anglo-saxons comme Bill McKibben, Rob Hopkins et Naomi Klein est bien réel. Notons que le flyer invitant à la conférence de l’experte canadienne critiquant ce que les Français persistent à appeler Tafta est illustré d’une photo de manif anti-TTIP… allemande !

Mali Karma à Montreuil

« La course aux profits égale carnage, ravage / Les pauvres paient la facture et les riches eux se gavent / On rase le paysage pour un centre commercial… » C’est Mali Karma qui rappe à la nuit tombante. Il chante « On s’mobilise », la chanson qu’il a écrite pour le tour Alternatiba, et qui a donné lieu à un clip touchant mais un peu kitsch. Là, entre les murs de béton, tout seul, Max nous livre la version brute, scande sa colère : « Tant de crises, on est accros aux énergies fossiles / Écrasée par les marchandises, Pacha Mama pousse des cris / L’espoir brisé comme en Arctique la banquise… » Et commente : « C’est ici, la vraie COP » – à Montreuil, où les gens se bougent et bravent le froid pour changer les choses, alors que, au Bourget, les palabres des négociateurs, installés bien au chaud, n’aboutiraient à rien.

Il ne faut pas s’y tromper : Alternatiba, ce n’est pas la frange ultra du mouvement climatique, celle devant laquelle on a parfois l’impression que l’écologie n’est qu’un moyen pour critiquer le capitalisme. Mais en adoptant un slogan tel que « Changeons le système, pas le climat », l’organisation annonce la couleur : les solutions, qu’il veut constructives, devront être imposées là où ce sera nécessaire, aux dépens d’un système capitaliste et libéral, et aux dépens de ceux qui en profitent. Une partie de plus en plus large du mouvement citoyen se rassemble sur cette position, entre les anticapitalistes déclarés et ceux qui croient encore en un win-win économie-écologie. Quand les dirigeants réunis au Bourget en appellent à la société civile, ce n’est pas à ce mouvement qu’ils pensent. Mais ils finiront par avoir affaire à lui.


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