Enseignement secondaire : Les syndicats affaiblis

Le compromis trouvé dans le conflit qui oppose Claude Meisch aux enseignants pourrait s’avérer dévastateur pour les syndicats.

1331NewsEnseignants_InternetEnfin un accord ! C’est avec un certain soulagement qu’une partie de l’opinion publique a appris la signature d’un accord entre le ministre de l’Éducation nationale Claude Meisch et l’intersyndicale composée des trois syndicats d’enseignants du secondaire. L’accord, obtenu en procédure de médiation, a été signé le 31 juillet. Si la Féduse a donné feu vert tout de suite, l’Apess tout comme le SEW ont dû consulter leur base auparavant.

Que contient-il, cet accord ? Premièrement, la suppression de la double correction des épreuves organisées pendant l’année de terminale. Puis un éventuel allongement de la durée des cours en terminale d’une à deux semaines, dans la mesure du possible. Dans le cas où un prolongement de la durée des cours ne serait pas possible, un coefficient réducteur – ligne rouge des syndicats jusque-là – sera introduit afin de ne prendre en compte que les heures de travail réellement prestées. Selon le même principe, un coefficient réducteur sera introduit pour les branches qui ne figurent pas à l’examen et qui « chôment » pendant les épreuves.

En même temps, les travaux liés aux examens finaux seront intégrés dans la tâche de l’enseignant. La surveillance pour les épreuves de fin d’études ainsi que la correction des 25 premières copies ne seront plus indemnisées. La formation continue pour les enseignants sera portée de huit à 48 heures annuelles.

Un accord sous la menace ?

L’indemnité de base pour les commissions d’examen, composées de professeurs, directeurs de lycée et commissaires gouvernementaux, sera réduite à 50 pour cent de son montant initial. Le refus de Meisch d’abolir cette indemnité de base, dont profitent certains des fonctionnaires du MENEJ, avait fait monter au créneau les syndicats il y a quelques semaines (woxx 1326).

En échange des concessions faites par les professeurs, les « décharges pour ancienneté » ne seront pas touchées – une des lignes rouges des syndicats ne sera donc pas franchie. De plus, un comité permanent composé de représentants du ministère et des syndicats, ayant pour but d’analyser l’impact des mesures conclues, sera mis en place.

Si certains points de l’accord, comme la hausse des heures de formation continue, semblent tout à fait raisonnables, d’autres le sont beaucoup moins. Ainsi, la double correction des épreuves de terminale fait partie des rares garde-fous destinés à protéger les élèves de l’arbitraire. Ces épreuves comptant pour un tiers de la note finale de fin d’études, la suppression de la double correction risque de faire dépendre l’élève de la seule bonne volonté de son titulaire. C’est d’ailleurs ce qu’a critiqué le Parti pirate dans un communiqué, rappelant que l’intérêt de l’élève devrait être au centre des préoccupations des politiques éducatives.

Il en va de même pour le prolongement de l’année scolaire d’une à deux semaines : « En faisant commencer les examens plus tard, la semaine de pause entre les épreuves écrites risque de disparaître, ou alors les résultats arriveront à un moment où il ne restera pas beaucoup de temps pour s’inscrire dans les universités », commentent les Pirates.

Le bureau de coordination des comités des enseignants, qui a bloqué des ébauches d’accord à plusieurs reprises, a rappelé le rejet massif des mesures d’économie par les enseignants. En effet, plus de 93 pour cent des trois quarts des professeurs qui avaient participé au vote sur une précédente proposition d’accord l’avaient rejetée. L’intersyndicale s’était engagée à « respecter à la lettre » l’attitude de la base dans les négociations. Le bureau de coordination reproche à Meisch d’avoir menacé les syndicats de faire passer des mesures « encore plus défavorables » s’ils ne signaient pas l’accord obtenu en médiation.

Si cela était vrai, et en prenant en considération les déclarations visant l’intersyndicale que le ministre avait prononcée début juin (woxx 1323) – « quand je vais dans les écoles, il y a beaucoup d’enseignants qui viennent me voir et qui me disent qu’ils ne se sentent pas représentés par les syndicats » -, il pourrait s’agir là d’une stratégie visant à affaiblir durablement les syndicats. En les « obligeant » à signer un compromis dont il sait pertinemment que la base le rejettera, tout en jouant les intérêts des enseignants contre ceux des élèves, Claude Meisch peut espérer les délégitimer considérablement.


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